Archives du mot-clé Dingue de Plantes

C’est dingue !

Dans les mains, il a l’air d’une boite de Pandore, ce livre. Un pavé des éditions Ulmer qui ne tient pas dans une poche mais que l’on peut emmener au jardin lorsque l’on y fait des « tours » ! C’est un livre fouillis que celui de Didier Willery. Dingue de Plantes. On dirait une autobiographie.
L’auteur connu des jardiniers (il publie notamment des articles dans L’Ami des jardins) nous raconte son jardin. Nous sommes dans l’intimité du jardinier, connu pour être conseiller du Vasterival. Ce sont des milliers de plantes qu’installe Didier Willery sur son lopin de terre (2500 m carré) dans le Pas-de-Calais. Cet homme est fou, fou de plantes ! C’est également un jardinier pas comme les autres qui revendique ceci dans son préambule : « Loin de moi l’idée de vous inculquer des préceptes ou des « règles » qui en matière de jardin n’ont généralement aucune valeur ». Tout est dit. Au fil des lignes et des végétaux présentés, on se laissera dévorer par la passion de ce jardinier. Ce ne sont pas ses plantes préférées qu’il nous dépeint mais plutôt ses « gourmandises », de petites collections. On en viendrait presque à s’intéresser aux feuillage panaché et feuillage doré qu’en temps normal on abhorre ! Il vous déniche quelques bonnes trouvailles : « Je préfère collecter des plantes qui répondent à une envie, un besoin, une situation. Cela me semble plus pratique, et surtout me préserve de la déception de ne jamais tout avoir… »
Pourtant Didier Willery est avant tout un planteur ! Ce sont des milliers de plantes qui s’agglutinent sur un petit espace. « Si je trouve une mauvaise herbe, c’est qu’il y a une place », ne lance-t-il pas de connivence avec son lecteur. Plus il plante, moins il y a de place pour celles que l’on appelle les mauvaises herbes. Et encore M. Willery s’ingénie à planter celles dont personne ne voudrait dans massifs et pelouse : des trèfles, des menthes en dehors de tout pot, des bambous, des Elymus (Chiendent bleu)… Si bien que ce jardinier-là ne connait pas vraiment les indésirables, « l’entretien, dit-il, devient léger ». Semblablement, la taille n’est plus une corvée de saison car Didier Willery taille tout au long de l’année au gré des « tours » qu’il fait dans son jardin.
Didier Willery ne semble prodiguer aucun conseil dans ce livre, seulement il se fait le témoin de ses expériences de jardinier presque amateur. Comment défendre la monoculture quand ces pommiers en cordons produisent avec abondance au contact de plantes aromatiques et mellifères ? Comment défendre la monoculture quand les plantes entremêlées dans une diversité, digne d’un joyeux Barbès, subissent moins d’attaques de maladies ou parasites ? Ensemble, elles sont plus fortes. Ce n’est pas un conseil mais une évidence de la nature. C’est aussi une belle morale qui s’impose d’elle-même : la non-utilisation de produits chimiques n’est pas une utopie. Ou alors ce bout de terre de D. Willery en est l’admirable contre-exemple ! Le style est foisonnant, débordant comme semble l’être le jardin. Le narrateur tacle les pelouses lissées de ses voisins comme il vous cueille en analysant sur un ton acerbe la bien pensance de ses contemporains.
Il nous dit que c’est possible d’aimer les plantes, à l’outrance à la passion, d’oser certaines associations. D’en rater, de se laisser surprendre par l’inattendu de la Nature. Laisser vivre son jardin comme il l’entend. Contrarier la nature, pourquoi faire ? Pourquoi tailler à cette époque quand on peut juste intervenir quand la nécessité s’en fait sentir ? Aider la nature, travailler avec elle. Pourquoi se tuer à la tâche alors que la nature travaille pour vous ? Intarrissable, Didier Willery vous raconte son jardin peuplé de personnages presque romanesques, ceux qui envahissent tout votre imaginaire comme ce Miscanthus ‘Gotemba’ qui le comble de son « invasion ». Des cannes rouges qui se dressent parmi la multitude. Des Méconopsis lumineux qui s’aventurent là « dans les endroits frais où il y a peu de place » comme des invasions barbares…
Amis jardiniers, faites un « tour » au jardin, laissez-vous déborder.

didier-willery

Didier Willery, Dingue de Plantes aux éditions Ulmer, 395 pages
Ses plantes préférées, ses mariages les plus réussis , ses astuces pour intégrer les comestibles, son jardin au fil des saisons.

Publicités