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CHAPITRE 4 : Le miroir et la grenouille

Alors que les embruns balayent l’étendue encore trop nue des Jardins de Calipso, la surface du petit carré d’eau verdâtre frémit à peine. Les poissons sont encore plongés dans leur léthargie hivernale.

Où est passé le temps où le miroir d’eau reflétait son premier ciel gris-bleuté, jouant des cumulus dans ses remous ? L’opacité de la pièce d’eau est devenue une fenêtre sur la profondeur, où y puiser les mystères de la vie…

Une pioche pour seul outil dans la main, creuser un « énorme » trou dans le jardin relève parfois d’un travail de forçat. Mais à chaque rêve démesuré et monumental sa part d’esclavage ! Cette envie de pièce d’eau, je l’ai imaginée, ressassée sous différents projets : deux bassins à demi enterrés, l’un se déversant dans l’autre, des bassins surélevés en bardage bois, un bassin traversé par des pas japonais à fleur d’eau… Concrétiser l’impossible : le miracle de marcher sur l’eau. Mais il fallait redescendre sur terre ! Surtout remuer des mètres cubes avec ma seule pioche et pelle… Pendant un an, les quelques rares visiteurs-amis des jardins de Calipso ont cru que je creusais… une tombe ! On croirait un projet pharaonique, cependant ce bassin dont je vous parle fait aujourd’hui trois mètres sur trois, sur à peine 70 centimètres de profondeur. Un petit cube d’eaux stagnantes au milieu d’un jardin de cercles. Où la vie néanmoins s’est bien installée.

Comment dénombrer la foule de poissons rouges et carpes koï qui occupe ce petit espace ? Détruire ou non ce chapelet d’œufs noirs que des amours de crapauds ont abandonné là ? La vie a bien tenu sa promesse.

Comment croire que la vie sortira de ce trou béant, cicatrice qui a marqué pendant une année entière le jardin. L’herbe y avait repris ses droits quand enfin les derniers coups de pelle ronde ont eu raison de mon ambition. Au printemps 2013, j’installe enfin mon géotextile au fond du bassin dessinant les gradins qui accueilleront plantes de rive – iris des marais, hippuris, salicaires – et au plus profond nymphéas. Tout autour, j’avais décapé la plisse afin, comme dans un puzzle, de la reposer sur les bords de la bâche espérant que la surface de l’eau viendrait lécher la pelouse, comme un miroir posé au milieu. C’était faire de l’à-peu-près n’ayant pas vérifié l’horizontalité du niveau ! La bâche coupée sur mesure d’une épaisseur de 0,6 mm (pour accueillir plus tard des poissons) a été ensuite dépliée pour venir épouser les formes du trou cubique. Des pierres et des bûches de bois ont maintenu les bords de la bâche puis ce fut le moment –grand moment- de la mise en eau progressive qui a effacé les gros plis de la bâche. Celle-ci venant épouser parfaitement son écrin.

Les jours d’après ont fait se noyer notre regard dans le reflet encore transparent des branches déployées du noyer…

Aujourd’hui, on jette un regard dans le rétro. En images sépia semblent défiler nos temps contemplatifs passés sur le banc à voir croître les fleurs des pondeteria, à guetter le dos multicolore des koï, s’émerveiller du recroquevillement de la fleur de nénuphar à la tombée de la nuit ou encore à écouter l’imperceptible battement d’ailes des libellules, prêter l’oreille s’imaginant entendre le drôle de coassement d’une grenouille verte. L’inattendu. L’impromptu de la vie.

Ce que la fable ne dit pas, c’est que le miroir se verdit d’espérance de refléter tant de beauté lisse et nature morte quand la grenouille vient troubler sa quiétude dans un Big-bang de ronds dans l’eau.

Les étapes de la réalisation du bassin :

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Les brèves – 02 mars Ces insectes qui ont du pot : leur mission ‘auxiliaires de vie’ !

J’arase les monticules de terre fine que fait la taupe. La terre est noire, riche ; elle va finir par recouvrir tout le premier cercle. Cercle constitué d’une affreuse pelouse.

La taupe fait son travail de labour.

De mon côté je fais le mien. Depuis quelques soirs, au potager, je fais chauffer la grelinette pour aérer la terre. En fin d’été sur cette parcelle se trouvait de la phacélie qui a passé l’hiver à se décomposer sur le sol. Et l’a sûrement bien enrichi. Aujourd’hui je me contente de briser la surface et regarder les vers de terre remonter. La vie reprend doucement son cours en ces belles journées de février. Les oiseaux se font des plans drague et Gaélice ne pense qu’à se rouler dans les tas de fumier laissés dans les champs voisins. Jonquilles, tulipes et ails d’ornement pointent le bout de leurs nez. La plupart des vivaces jouent encore les belles endormies mais Forsythia, Magnolia soulangiana, Prunus ‘Accolade’ en ont gros sur le bourgeon ! Les Hellebores vertes nous apportent nos uniques fleurs du moment avec le timide Jasmin d’hiver (Jasminum nudiflorum) qui grimpe sur le mur de l’atelier côté chemin.

Je pense : où sont les insectes ? Peut-être nichés dans les tas de bois du jardin ? Ou bien déjà dans les petits pots de terre suspendus un peu partout aux Jardins de Calipso lors d’une journée d’hiver où je cherchais à m’occuper ! Il est facile en effet de se confectionner des abris à insectes à l’aide de ficelle et pots en terre retournés fourrés de paille, bouts de bambous ou tiges florales creuses.

Elaborer un hôtel à insectes comme on commence à en voir un peu partout dans les jardins est sans aucun doute d’un bel effet esthétique néanmoins est-il si utile et est-il surtout réellement habité ?

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Un hôtel à insectes situé dans un jardin public de la ville de Château-Gontier en Mayenne.

Des tas de bois, des branchages et des fagots de brindilles font tout aussi bien l’affaire pour héberger guêpes et abeilles solitaires notamment ou encore des petits mammifères comme les musaraignes ou le rare (invisible ?) hérisson.

En quoi nos abris en pots de terre peuvent-ils être utiles à nos jardins ? Pour lutter biologiquement contre les ravageurs (type pucerons), il faut créer un équilibre en accueillant dans son jardin des insectes dits « auxiliaires ». C’est d’ailleurs pourquoi il ne faut pas traiter chimiquement car sinon on tue tous les insectes y compris les « bons » entre guillemets ! En fait, dans un jardin les insectes ravageurs sont en minorité comparé aux insectes décomposeurs ou pollinisateurs qui eux sont indispensables ! Plus notre jardin sera riche en diversité végétale et animale, plus les ravageurs seront contrôlés. C’est donc pour cela que nos abris vont se révéler –on l’espère- fort utiles pour loger par exemple des larves de coccinelles ou encore de chrysopes ou syrphes, toutes dévoreuses de pucerons. Et pour que ces auxiliaires s’installent durablement chez nous, planter semer des plantes mellifères devient un autre atout. La phacélie va donc faire rapidement son retour dès le début du printemps au potager. Il parait que les syrphes en raffolent. Avoir ce type de fleurs tôt au printemps permet de favoriser les pontes. Encore une fois, il ne nous reste plus, à Benoît et à moi, à regarder d’encore plus près la vie – en microcosme – de notre jardin. Comptez sur nous : je plante, il ouvre l’œil !

Pour en savoir plus : lire l’article « Accueillir les auxiliaires » par Antoine Bosse-Platière dans le Hors-Série n°7 des 4 SAISONS DU JARDIN BIO

Les Brèves – 21 juillet – Le jardin fait babyboom boum

M’asseoir avec toi, un soir, sur un ban de poissons tant qu’y en a… Voir s’écouler la vie comme ça ! Les compter, les recompter avec émoi pour se dire qu’ils se sont aimés plus d’une fois…

Multiplier n’est pas toujours chose facile avec nos plantes, cependant en laissant faire Dame Nature, dans le bassin, nous sommes passés de sept poissons (trois Koï et quatre poissons rouges) à une vingtaine de trucs en écailles ! C’est le babyboom au jardin ! Après une portée de sept chiots par ma chienne Gaëlice, nous assistions il y a deux jours –béatement- à une multiplication des poissons (miracle) !

Au printemps en désherbant près du bassin, j’avais remarqué dans les Pondeteria un filament visqueux rempli de petites boules blanches. Etait-ce des œufs me demandais-je alors. Je pensais à une ponte de je ne sais quelle bestiole ou herbe envahissante. C’est pourquoi cette fois-là, je détruisis l’espèce de cocon. J’en revoyais un peu plus tard et cette fois-ci, pensant que c’était peut-être des œufs de libellule, je les laissais. Alors serait-ce des œufs de poissons (Carpes Koï et poissons rouges) ?

Toujours est-il que nous avons maintenant un ban de poissons !

A la lecture d’articles sur internet, il semble que la reproduction de koï est chose malaisée. Alors peut-être n’avons-nous que des bébés poissons rouges ?! Bizarre puisque certains alevins sont argentés tachetés de rouge et d’autres noirs tachetés de rouge… Nos koï ne sont certainement pas des japonaises à lire ces articles. Certainement des européennes. Il faut une femelle pour deux à trois mâles apparemment pour optimiser les naissances. Une femelle pond des milliers d’œufs qui vont s’accrocher aux parois du bassin ou aux plantes aquatiques tels les nénuphars. Le frai s’effectue bien au printemps quand la température de l’eau se réchauffe (19°). L’éclosion est rapide : entre 72h et une semaine selon la température de l’eau. Le taux d’alevins viables est en fait très faible : les parents mangeant les œufs. Les petits alevins sont aussi des proies faciles pour couleuvre, grenouilles, crapauds, oiseaux… Sur 100 000 œufs, il ne peut en rester qu’une quinzaine ! Cependant, la prédation est même conseillée car une surpopulation signifie l’apocalypse dans le bassin.

S’il se révèle que nous avons bien des bébés Koï (sans grande valeur apparemment), il nous faudra s’exercer à la pêche à l’épuisette. Cette progéniture ira certainement peuplée la mare du Tremblai, dans le sud de la Mayenne…