Archives pour la catégorie LES JARDINS DE CALIPSO

Une année blanche

Ça s’éveille timidement. Un simulacre d’hiver s’accroche de façon morbide. Les silhouettes sont intactes. Statufiées. Si tout restait ainsi figé ?

Derrière une valériane blanche, le totem de l’entrée se dresse encore. Tu distingues à peine les lettres tracées à la peinture blanche. Le temps efface. Tu imagines l’été où tu reviendras, où la nature aura peut-être repris tous ses droits. Finalement, le jardin sera-t-il mieux sans toi. Te souviendras-tu de ce dernier printemps où le Magnolia perdait ses pétales sur le tapis vert qui supporte, comme Atlas en son temps, les boules de buis ? Te rappelleras-tu ces courtes tulipes dans le premier cercle qui de leur rouge faisaient comme un crève-cœur ? Peut-être verras-tu seulement dépasser quelques coquelicots parmi les hautes herbes, des Verbascum préparant leur floraison jaune ? Ce sera alors le jardin naturel et sauvage que tu n’as jamais osé imaginer ! Et si les scabieuses s’étaient ressemées, les euphorbes aussi, des Stipas. Là, le bleu métallique des Eryngium. Ici, le parfum envoûtant d’une menthe invasive. Ce pourrait-il que ce soit une prairie impénétrable ? Les jardins de Calipso en désuétude sentiraient le soir venu cette subtile et vague effluve de julienne des Dames. Alors, la biodiversité tant recherchée se sera installée. Le bassin sera-t-il devenu un trou d’eau rempli de vase où viendront s’abreuvoir un troglodyte, une couleuvre, un hérisson ? Et si la chouette était devenue la seule vraie propriétaire des lieux ?
Ou bien tout aura disparu. Plus une preuve d’existence des Jardins. Que restera-t-il de nous ?
Nous qui aurons emporté notre jardin dans un nouveau voyage. Comme une ruche qui déménage ; le jardin comme une poche crevée où les arbustes laissent des trous béants et les plantes des alvéoles vides. L’alignement de pots qui se multiplient au fond des Jardins est une arche de Noé qui semble être sur la ligne de départ pour une transhumance vers l’inconnu. Cette année, ce sont les Jardins de Calipso à l’envers : on déplante, on collecte, on classe. Comme s’il fallait sauver. Mais, c’est en ce printemps que les Jardins de Calipso se délitent. S’éteignent.
Ce sera pour eux une année blanche. Où le laisser-faire n’aura jamais été autant de circonstance.
C’est un entracte : rideau.

Brèves – Les jolies colonies de vacances… Merci !

Un fond de sirop de fraise pour aromatiser le verre de cola bon marché que je me verse en pensant à la petite colonie qui galope chaque soir dans les Jardins de Calipso. Une hésitation à aller trinquer avec les deux écuelles remplies de ce même délicieux breuvage qui me réjouit sans doute autant que la petite colonie ? Sans hésitation non. Je les laisse à leur festin nocturne. Qui rira bien, ri-rat le dernier !
Les connaisseurs auront sans doute déjà reconnu ces jolies colonies friandes de cola ! Ce pétillant à la couleur pétrole et au goût sucré serait fatal aux rats. Ces derniers, je le crains, vont remplacer très vite mon obsession des ravageurs qu’étaient jusqu’alors les mulots ! On dit que les rats sont très intelligents, c’est vrai. Je les soupçonne même de savoir lire. Sous la pancarte qui orne l’entrée du jardin, ils ont creusé une issue de tunnel. La pancarte dit « Sans pesticides, jardin refuge »…
Il faut dire qu’on leur offre le gîte et le couvert : plantes hautes, jachère, plantations serrées pour fouillis sur lie de paillage, un bassin et un composteur ! Sans oublier le poulailler de la voisine. Depuis un moment, mes pièges à mulots ne piégeaient plus qui que ce soit. Les trous dans le jardin semblaient bien agrandis. Les anciennes taupinières formaient comme des cratères. Aaahh. Sans parler de mes plantations de courgettes réitérées à trois reprises dans les buttes. Sont-ils autant responsables que les attaques matinales des pigeons ?
Pour que l’équilibre naturel du jardin s’installe, il faut sans doute de la patience mais pour autant doit-on rester dans l’inaction ? C’est pourquoi, je fais ma tambouille, ma mixture pour limiter les dégâts : en plus du cola, je leur sers de la poudre blanche (de la bonne !) en mélangeant une cuillerée de plâtre fin à deux cuillerée de farine fluide. Gourmands, les rats sont censés ingurgiter la préparation. Le plâtre au contact de l’eau, dont ils s’abreuvent, va gonfler dans leur estomac et une occlusion provoquera la mort.
La mort, la désolation. C’est un peu ce que l’on ressent à chaque fois où nous franchissons l’entrée des Jardins de Calipso en cet été chaud et sec. La jachère fleurie centrale qui a atteint sa maturité n’est pas restée fraîche longtemps : couchée, desséchée sur pied elle ne tiendra pas sa promesse de fleurs s’échelonnant jusqu’aux gelées. Couper ou ne pas couper, le dilemme reste toujours entier. Surtout que, rappelez-vous, j’avais eu la bonne idée d’associer semis d’annuelles et plantes vivaces, graminées. Ces dernières perdues dans la masse du massif du Dernier Quartier n’ont quasiment pas été arrosées, comptant sur les invitations estivales de la pluie. L’Echinacea paradoxa est raide debout, calcinée. La Salvia ‘Serenade’ déchante, grave ! Quid du Teucrium, des Panicum ‘Dallas Blues’ et ‘Squaw Select’. Exit les deux Monardes ‘Beauty of Cobham’ et ‘Cambridge Scarlet’ qui apprécient les sols frais et riches quand nous leur offrons un sol limoneux-calcaire exceptionnellement craquelé en ce mois de juillet.
Un été qui nous donne quelques leçons. Attise nos songes les plus cruels. L’automne sera-t-il comme un second printemps où citrouilles seront somptueux carrosses et rats des champs de bienveillants cochers ?

Les brèves – 4 avril 2015 – Le rose sous la grisaille

Il y a tout à faire. La mauvaise météo nous fait trépigner d’impatience. Partout, ça bourgeonne. Dès l’entrée au jardin, l’arc de charmille fait du forcing ! Les amélanchiers sont dans les starting-block. Tout comme le Malus ‘Everest’ ou encore le Fothergilla. Puis, il y a ce qui est déjà là : le rose des tulipes ‘Angelique’ fidèles à leur printemps, le rose retrouvé des fleurs du Magnolia x soulangiana –qui ne s’étaient pas montré l’an dernier- et le rose presque japonisant sur branches à étage du Prunus ‘Accolade’ ! C’est le temps du ‘rose’ sous la grisaille.

Dans ce décor, difficile encore de travailler la terre. Benoît veut pourtant s’y coller, vite découragé par le chiendent qui cohabite avec les iris. Finalement, il rendra la blancheur au jardin sec extirpant ‘mauvaises herbes’ dans le sable et une marmaille de Stipa tenuifolia, semis spontané. Pendant ce temps, j’intensifie le bleu aux volets et aux portes dans la cour par une seconde couche.

Des couches, le composteur en était plein à craquer. Il est temps d’en répandre une partie sur notre premier cercle de pelouse pourrie ! Notre compost n’est pas encore au top : on retrouve trop de branchages mal décomposés et de l’adhésif provenant des cartons. Un broyeur ne serait pas un luxe et la présence de carton sera désormais limitée.

Une fois épandu, le compost recouvre une bonne surface du premier cercle. Au croc, je retire les déchets puis le sol nivelé j’effectue directement mon semis de gazon (spécial piétinement… à voir…), enfouissement de la graine et hop un coup de rouleau. La pluie s’invite dans un crachin. Je finis de retourner le reste du compost.

Avec la chienne, on sent le mouillé. Pourtant, je me laisse aller à la flânerie. Pendant que les vivaces poussent, une envie d’installer un petit poulailler à la place de mes pots en pagaille de boutures me traverse l’esprit. Après réflexion, je m’emploie à nettoyer la petite pépinière, trier le mort du vivant. Une pose d’un bout de bâche et les pots alignés et me voilà à rêver d’une autre alternative aux poules : développer notre ébauche de pépinière et lui donner un nom aux couleurs néerlandaises : Les Bouquets d’Anja (Anja’s bouquet)…

Les brèves – 02 mars Ces insectes qui ont du pot : leur mission ‘auxiliaires de vie’ !

J’arase les monticules de terre fine que fait la taupe. La terre est noire, riche ; elle va finir par recouvrir tout le premier cercle. Cercle constitué d’une affreuse pelouse.

La taupe fait son travail de labour.

De mon côté je fais le mien. Depuis quelques soirs, au potager, je fais chauffer la grelinette pour aérer la terre. En fin d’été sur cette parcelle se trouvait de la phacélie qui a passé l’hiver à se décomposer sur le sol. Et l’a sûrement bien enrichi. Aujourd’hui je me contente de briser la surface et regarder les vers de terre remonter. La vie reprend doucement son cours en ces belles journées de février. Les oiseaux se font des plans drague et Gaélice ne pense qu’à se rouler dans les tas de fumier laissés dans les champs voisins. Jonquilles, tulipes et ails d’ornement pointent le bout de leurs nez. La plupart des vivaces jouent encore les belles endormies mais Forsythia, Magnolia soulangiana, Prunus ‘Accolade’ en ont gros sur le bourgeon ! Les Hellebores vertes nous apportent nos uniques fleurs du moment avec le timide Jasmin d’hiver (Jasminum nudiflorum) qui grimpe sur le mur de l’atelier côté chemin.

Je pense : où sont les insectes ? Peut-être nichés dans les tas de bois du jardin ? Ou bien déjà dans les petits pots de terre suspendus un peu partout aux Jardins de Calipso lors d’une journée d’hiver où je cherchais à m’occuper ! Il est facile en effet de se confectionner des abris à insectes à l’aide de ficelle et pots en terre retournés fourrés de paille, bouts de bambous ou tiges florales creuses.

Elaborer un hôtel à insectes comme on commence à en voir un peu partout dans les jardins est sans aucun doute d’un bel effet esthétique néanmoins est-il si utile et est-il surtout réellement habité ?

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Un hôtel à insectes situé dans un jardin public de la ville de Château-Gontier en Mayenne.

Des tas de bois, des branchages et des fagots de brindilles font tout aussi bien l’affaire pour héberger guêpes et abeilles solitaires notamment ou encore des petits mammifères comme les musaraignes ou le rare (invisible ?) hérisson.

En quoi nos abris en pots de terre peuvent-ils être utiles à nos jardins ? Pour lutter biologiquement contre les ravageurs (type pucerons), il faut créer un équilibre en accueillant dans son jardin des insectes dits « auxiliaires ». C’est d’ailleurs pourquoi il ne faut pas traiter chimiquement car sinon on tue tous les insectes y compris les « bons » entre guillemets ! En fait, dans un jardin les insectes ravageurs sont en minorité comparé aux insectes décomposeurs ou pollinisateurs qui eux sont indispensables ! Plus notre jardin sera riche en diversité végétale et animale, plus les ravageurs seront contrôlés. C’est donc pour cela que nos abris vont se révéler –on l’espère- fort utiles pour loger par exemple des larves de coccinelles ou encore de chrysopes ou syrphes, toutes dévoreuses de pucerons. Et pour que ces auxiliaires s’installent durablement chez nous, planter semer des plantes mellifères devient un autre atout. La phacélie va donc faire rapidement son retour dès le début du printemps au potager. Il parait que les syrphes en raffolent. Avoir ce type de fleurs tôt au printemps permet de favoriser les pontes. Encore une fois, il ne nous reste plus, à Benoît et à moi, à regarder d’encore plus près la vie – en microcosme – de notre jardin. Comptez sur nous : je plante, il ouvre l’œil !

Pour en savoir plus : lire l’article « Accueillir les auxiliaires » par Antoine Bosse-Platière dans le Hors-Série n°7 des 4 SAISONS DU JARDIN BIO

Les brèves – le 11 février 2015 – Une petite haie bocagère… pour un au-delà.

Les frontières, les limites ce ne sont pas notre truc. Le repli, pas pour nous. Les clôtures et les barrières, une offense à nos libertés. Alors quand il faut refermer notre parcelle de terre (comme si la terre nous appartenait…), nous choisissons le moins pire, une ligne de haie libre.

En haut de talus, en bordure de chemin, j’avais au tout début du jardin éliminé la haie sauvage composée en grande partie de ronciers, d’aubépines et troènes. Sur ce côté, j’avais tout de même préservé une aubépine et un prunellier sauvage. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte de l’erreur d’avoir fait ce « grand nettoyage » radical. Depuis plus d’un an, je me disais qu’il fallait replanter, sans le faire vraiment. Un physocarpus par là, un amélanchier d’un côté ou encore le Fothergilla major au milieu de rien… Des boutures qui ne prennent pas.

A la lecture du Traité Rustica des oiseaux du jardin, la haie bocagère devient une nécessité urgente. Toute une faune y trouvera le gîte et le couvert. Sous sa forme libre, elle offrira un bon écran contre le soleil brûlant d’été et contre les vents glacials d’hiver. Les plantes vivaces de prairies « hautes » type américaines en apprécieront certainement la protection. La haie bocagère ferme donc la parcelle des Jardins de Calipso non pour l’emprisonnement et l’isolement mais pour redonner de l’air, pour faire respirer la vie encore plus fort.

Aujourd’hui, sous l’influence d’un beau soleil d’hiver, climat faussement printanier, je me suis senti pousser des ailes pour habiller les Jardins ! Après avoir choisi dix plants pour haie bocagère chez Les Pépinières du Champ Fleuri – Daoust Horticulteur, je me suis donc mis à planter une haie mélangée de Hêtre commun (Fagus sylvatica > 3), Amélanchier lamarckii (2), Noisettier pourpre (Corylus maxima ‘Purpurea’>2) et Orme (Ulmus resista >3). Il me restera à ajouter un autre Physocarpus ‘Diable d’or’ et deux Acacias dorés (Robinia pseudoacacia ‘Frisia’). Des floraisons, des parfums, des fruits et des feuillages colorés, voici en définitive bien des atouts à notre future haie libre. Offrant enfin un abri aux regards ?

Plutôt, une invitation, comme l’oiseau sera suspendu au bout de la branche, une invitation à regarder au-delà…

Les Brèves – le 19 octobre 2014 le jardin de la lune

Pas de quartiers pour les croissants ! Certains ont leur jardin du soleil, d’autres leur jardin de la lune. Nous, ce sera le jardin du « dernier quartier » ! Ces derniers temps, une idée me taraudait : créer un nouveau massif dans la veine naturaliste. Les Jardins de Calipso ont un dessin que nous souhaitons garder avec leurs trois cercles de pelouse entrelacés. Cependant, cet espace peu utilisé crée un vide, voire une disproportion avec le reste. Où est le lien ?

Cet été, déjà, on ne tondait plus une parcelle en forme de trois-quarts de lune en plein milieu du second cercle. Finalement, j’ai décidé d’en faire un grand massif.

Dimanche, la débroussailleuse était de sortie. Un peu de bruit pour les voisins et hop, la parcelle revêtait dans une atmosphère feutrée un patchwork de cartons. Comme des panneaux lunaires sans reflets. Le massif me parut alors démesuré. Il va devenir sans nul doute le plus grand du jardin. Pour le moment, il est à l’état végétatif puisque sa « robe » de cartons est recouverte d’un or précieux : du fumier de vache et des feuilles ! Après ajout de compost pendant l’hiver, et une lente décomposition de tout ce petit monde-là, la vieille pelouse hideuse devrait se transformer en massif au printemps prochain. La grelinette trépigne déjà d’impatience. Un coup de griffe et des semailles de prairie fleurie feront l’affaire dans un premier temps, avant d’accueillir par la suite graminées et vivaces. Bien entendu plantées à la Oudolfienne ! Le jardin doit gagner en mouvement et en épaisseur. C’est pourquoi, rien n’est jamais fini. Le cycle est infernal ! J’ai pensé également redonner du volume aux trois cercles entrelacés en délimitant certaines de leurs lignes par une haie de laurier à petites feuilles bien luisantes et surtout persistantes pour que les Jardins de Calipso, même l’hiver, avec un paysage lunaire déferlent leurs vagues dans une mer de silence.

Pour l’instant, en morne plaine, il me faut faire une centaine de boutures de laurier pour en espérer 34 jeunes plants…

Les Brèves – 22 août 2014 : Mais que fait la chatte de ma voisine ?

Chassez les mulots, ils reviennent au galop. A la récolte des pommes de terre (Rose de France je crois), j’ai mis en fuite pas mal de petites bébêtes. Le potager est un gruyère de galerie. C’est une invasion de mulots.

J’ai même exterminé une nurserie.

Les années passées, j’avais quelques trous de ci de là. Sans doute, y avait-il assez de prédateurs naturels pour réguler tout ce petit monde-là : une chouette (que j’entendais parfois en effet…avant !),  une couleuvre (?),  les chats… Pourtant, la chatte des voisins vient souvent dans le jardin. Sauf, il est vrai, quand la chienne la fait déguerpir.

Mais alors que faire ? Les petites bestioles ont sérieusement attaqué le potager. Les haricots sont grignotés, il en va de même des pommes de terre qui se retrouvent comme des coquilles vides. Apparemment, c’est une lutte sans merci qu’il faut mener. Déjà, nous avions les taupes… Maintenant, les mulots ! Eh oui nous jardinons au naturel ! La faune apprécie. Nous leur donnons leur pain quotidien. Alors comment cohabiter ? Prier sainte mère la Chouette pour qu’elle fasse une apparition ? Reprendre un chat serait la solution, mais dans la chaine des prédateurs l’automobile est championne toute catégorie ! Alors il va falloir en passer par la guillotine ! Il existe des pièges à mulots assez radicaux, disons tranchants ! Des têtes à petites z’oreilles vont tomber.

Dans un premier temps, pour les déloger, on pourra user de notre fameux purin d’ortie, laissé macérer plus longtemps. La décoction servant de répulsif, versée dans les galeries. Autre désagrément pour leurs petits museaux, avoir à proximité du potager un sureau. S’il faut planter, nous planterons donc. La guillotine attendra encore un peu… quoique !