Helianthus ‘Lemon Queen’ : les petits chapeaux de la reine

Sous le crachin, ses chapeaux aux couleurs audacieuses sont devenus célèbres, défiant le temps. Aujourd’hui, ce sera un jaune citron un peu pâle qui éclairera le massif du dernier quartier. Le Lemon Queen. Un Helianthus, un soleil aux teintes fades qui étire sa luminosité avec langueur jusqu’à l’automne.
Les soleils vivaces en septembre-octobre éclairent vraiment les massifs. Ils sont presque flashy comme un coup de Stabilo sur une scène pittoresque. En somme, ils illuminent quand toutes les vivaces commencent à entrer en sommeil.
La première fois que j’en avais récupéré chez une de mes voisines, je pensais bêtement, ignorant que j’étais alors, qu’il s’agissait de topinambour. Leur hauteur et leur manière de se tenir bien droits m’avaient plu. Aujourd’hui, ils continuent à nous donner satisfaction ! Leurs racines rhizomateuses et charnues sont cependant vite envahissantes. Dans le massif de l’entre-deux, ils se sont échappés pour coloniser une moitié de l’allée. Pour le moment, nous les avons épargnés et nous contournons -jusqu’au jour où la tondeuse…- Dire que nous tournons autour de soleils dans nos allées-venues ! Sans doute comme des insectes sont attirés, à s’y brûler les ailes, par une lumière électrique.
Lemon Queen’ a cette douceur acidulée qui viendra peut-être timidement illuminer notre massif du dernier quartier. Du haut de ses deux mètres, on le retrouvera suspendu à l’horizon du massif, défiant fièrement ce fameux Dernier quartier… de lune. Moins envahissant que la variété commune, il restera accroché là où nous l’avons posé s’étoffant tout de même vers ses voisins Knautia macedonica, Teucrium hirconicum, Trifolium ochroleucrum et Miscanthus sinensis ‘Rotfuchs’ ! A cette époque où les feuillages festoient de leur couleur empourprée, écarlate ou dorée, où la lumière devient rasante comme si le soleil avait toutes les peines à s’élever vers son zénith, où les soleils presque hivernaux se confondent dans une lueur islandaise avec le disque lunaire, les Helianthus transpercent les brumes matinales de leur jaune citron. Nous sommes tout à coup en ce mois d’octobre où les jours s’enfuient comme Yann et Sylvestre voguant sur La Marie dans Pêcheur d’Islande : « le soleil, toujours bas et traînant, incapable de monter au-dessus des choses, se voyait à travers cette illusion d’île, tellement, qu’il paraissait posé devant et que c’était pour les yeux un aspect incompréhensible. Il n’avait plus de halo, et son disque rond ayant repris des contours très accusés, il semblait plutôt quelque planète jaune, mourante, qui se serait arrêtée là indécise où milieu d’un chaos… ». Quand plus loin toujours « l’éternel soleil, qui avait un peu trempé son bord dans les eaux, recommença à monter lentement. Et ce fut le matin… » (fin de la première partie).

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Celle qui voulait devenir un caillou

Elle plie sous le vent. Sa tête violette cherche le sol. Une Verbana bonariensis du haut de son mètre se courbe.
C’est un petit jardin en carré, entouré de rondins de châtaignier, qui attendait de devenir. Seul un petit figuier peinait à combler l’espace. Nous voulions d’abord construire autour de lui une terrasse avec des lames de bois dans laquelle il aurait émergé comme dans un jardin contemporain miniature. Finalement, nous avons retenu une autre option : le jardin de gravier. Après le jardin sec où les Stipa tenuifolia se ressèment à profusion, nous avons voulu offrir au laisser-faire son terrain de jeu.
Contrairement au jardin sec où nous entretenons la dualité entre l’omniprésence du vide et le pointillisme des végétaux, le jardin de gravier est voué à devenir un support où l’on verra se construire l’œuvre de la Nature par elle-même. Nous lui donnons la page et les crayons. A elle d’en écrire les mots, tracer les lignes.
Cette idée de jardin sur gravier à germer, bien entendu en feuilletant Laissez faire ! (L’art de jardiner avec les plantes qui se ressèment toutes seules) aux éditions Ulmer, mais aussi en visitant l’été dernier le Jardin de la Grille à Durtal.
La recette : décaisser le sol jusqu’à 25 cm de profondeur, désherber, dans un sol lourd et argileux mettre du compost mélangé à du sable, dans un sol léger et sablonneux mettre un mélange de compost et bentonite, compacter le sol, ajouter le gravier (de préférence calcaire) sur une couche de 10 cm d’épaisseur, planter.
En ce qui concerne la bentonite, on peut en trouver dans les litières pour chat encore faut-il qu’il soit spécifié qu’elles sont non traitées. Nous avons renoncé pour notre part à en mettre.
Planter : de ci de là des pieds-mères qui feront des petits ! Nous avons opté pour des plantes vivaces appréciant le plein soleil et ne redoutant pas la sécheresse : un pied de Cephalaria gigantea disposé en arrière-plan, des Verbana bonariensis, un Nepeta tuberosa (Pépinière Le jardin de Bellenau acquis lors d’Entre Cours et Jardin édition 2015), une Succisella inflexa Frosted Pearls (Pépinière Ferdinandushof lors des Journées des plantes de Saint-Jean de Beauregard), un Limonium latifolium (Statice vivace que nous déplaçons de la cour trop ombragée pour lui faire prendre un bon bain de soleil) ; toutes éclatées dans le petit espace de ce jardin sur gravier. Il nous reste à y incorporer une belle graminée, nous pensons à un Deschampsia sans encore avoir fait le choix de la variété qui pourra, comme les vivaces sus-citées le feront certainement, se ressemer à loisir.
Attendre. Regarder.
Place à celles qui voulaient devenir des cailloux…