Port-Racine ou dans l’ombre d’un jardin de poète

De deux choses lune / l’autre, c’est le soleil
Celui qui dessine sur l’horizon la ligne de la vague
et le phare de Goury
La Hague


Celui qui a le grain de voix de Guillaume Gallienne
Celui qui raconte un sous-bois, une survie, les racines à un port
d’attache
Celui qui pique un phare, lâche en vol les ailes d’un nénuphar
Celui qui grandit qui croit à Omonville-la-Petite
Celui que ce jardin habite
Celui qui est l’indiscret de la couverture de Têtu
Vu à l’entrée d’une nature insoumise
Celui qui s’écrit au calme, à tue-tête
Celui qui crie un moulin à paroles est un Cervantès du silence
Celui qui s’élance,
Celui qui tire la lance
Celle qu’il tient dans sa main rouge sang au cœur d’un arbre


Celui qui tire la couverture, tapis vert, de fougères
Celui qui, ingérable ruisseau, serpente
Celui qui, comme dans un champ de trèfles, étire les chances
Celui qui décolle l’envers du décor
Celui qui colle
A L’épique -les piques- Gunnera


Celui qui à l’appel du poète ramasse une feuille
Géante qui irrite
Celui qui fait planter des arbres par des gens remarquables
Celui qui fait danser la rose noire sur le pont des arcs
Bambous Rouges
Celui qui écoule les larmes de joie de Barbara
Celui qui colle superpose l’Echium, des pins, les Gunnera
Arletty, Gabin

Celui qui se repose là
Dans les rayons d’une pâle lumière
Sur un banc
Celui qui dit : « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant »

Jardin en Hommage à J Prévert (Jardin remarquable) imaginé par Gérard Fusberti, situé près du plus petit port de France dans le Cotentin, Port-Racine.

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Eupatorium maculatum ‘Glutball’ vous file le bourdon ?

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C’est sans doute la vivace du jardin qui impressionne le plus. Disparaissant totalement en hiver et réapparaissant tardivement au printemps, l’eupatoire prend deux mètres en quelques mois. Ses tiges empourprées et vineuses portent de grosses têtes roses en ombelles, avec une multitude de petites fleurs chevelues.
Maintenant, il faut s’imaginer le ballet, en ce mois d’août, d’une armada de faux-bourdons attirés par cette plante mellifère. Une ombelle peut accueillir une dizaine de bourdons, faisant parfois plier les tiges sous le poids des petites bébêtes ! Il faut dire qu’il y a de la place sur la fleur couleur lilas puisqu’elle peut atteindre 20 cm de diamètre. De port aérien, elle s’intègre à merveille dans les scènes naturelles. Adossée à nos pieux de châtaigniers, elle donne de la hauteur à notre massif appelé « D’un côté ou de l’autre » (ou parfois nommé aussi le massif de « l’entre-deux »). Dans un fouillis, qui permet de préserver le frais aux pieds des plantes, elle côtoie la Persicaria polymorpha, une autre imposante qui n’a pas encore atteint sa maturité ! Egalement, sa proximité avec le groupement de Persicaria ‘Orange Field’ et amplexicaulis ‘Alba’, les Perovskia ainsi que le Rudbeckia fulgida var. sullivantii ‘Goldsturm’ semble le conforter dans son rôle impérial ! Il trône en effet.

Comme tout immortel, nous pourrons continuer de l’honorer tout l’hiver puisque l’Eupatorium demeure graphique et digne d’intérêt avec une fructification qui forme des pompons duveteux qui s’effilochent, succombant au souffle d’Eole.

Brèves – Les jolies colonies de vacances… Merci !

Un fond de sirop de fraise pour aromatiser le verre de cola bon marché que je me verse en pensant à la petite colonie qui galope chaque soir dans les Jardins de Calipso. Une hésitation à aller trinquer avec les deux écuelles remplies de ce même délicieux breuvage qui me réjouit sans doute autant que la petite colonie ? Sans hésitation non. Je les laisse à leur festin nocturne. Qui rira bien, ri-rat le dernier !
Les connaisseurs auront sans doute déjà reconnu ces jolies colonies friandes de cola ! Ce pétillant à la couleur pétrole et au goût sucré serait fatal aux rats. Ces derniers, je le crains, vont remplacer très vite mon obsession des ravageurs qu’étaient jusqu’alors les mulots ! On dit que les rats sont très intelligents, c’est vrai. Je les soupçonne même de savoir lire. Sous la pancarte qui orne l’entrée du jardin, ils ont creusé une issue de tunnel. La pancarte dit « Sans pesticides, jardin refuge »…
Il faut dire qu’on leur offre le gîte et le couvert : plantes hautes, jachère, plantations serrées pour fouillis sur lie de paillage, un bassin et un composteur ! Sans oublier le poulailler de la voisine. Depuis un moment, mes pièges à mulots ne piégeaient plus qui que ce soit. Les trous dans le jardin semblaient bien agrandis. Les anciennes taupinières formaient comme des cratères. Aaahh. Sans parler de mes plantations de courgettes réitérées à trois reprises dans les buttes. Sont-ils autant responsables que les attaques matinales des pigeons ?
Pour que l’équilibre naturel du jardin s’installe, il faut sans doute de la patience mais pour autant doit-on rester dans l’inaction ? C’est pourquoi, je fais ma tambouille, ma mixture pour limiter les dégâts : en plus du cola, je leur sers de la poudre blanche (de la bonne !) en mélangeant une cuillerée de plâtre fin à deux cuillerée de farine fluide. Gourmands, les rats sont censés ingurgiter la préparation. Le plâtre au contact de l’eau, dont ils s’abreuvent, va gonfler dans leur estomac et une occlusion provoquera la mort.
La mort, la désolation. C’est un peu ce que l’on ressent à chaque fois où nous franchissons l’entrée des Jardins de Calipso en cet été chaud et sec. La jachère fleurie centrale qui a atteint sa maturité n’est pas restée fraîche longtemps : couchée, desséchée sur pied elle ne tiendra pas sa promesse de fleurs s’échelonnant jusqu’aux gelées. Couper ou ne pas couper, le dilemme reste toujours entier. Surtout que, rappelez-vous, j’avais eu la bonne idée d’associer semis d’annuelles et plantes vivaces, graminées. Ces dernières perdues dans la masse du massif du Dernier Quartier n’ont quasiment pas été arrosées, comptant sur les invitations estivales de la pluie. L’Echinacea paradoxa est raide debout, calcinée. La Salvia ‘Serenade’ déchante, grave ! Quid du Teucrium, des Panicum ‘Dallas Blues’ et ‘Squaw Select’. Exit les deux Monardes ‘Beauty of Cobham’ et ‘Cambridge Scarlet’ qui apprécient les sols frais et riches quand nous leur offrons un sol limoneux-calcaire exceptionnellement craquelé en ce mois de juillet.
Un été qui nous donne quelques leçons. Attise nos songes les plus cruels. L’automne sera-t-il comme un second printemps où citrouilles seront somptueux carrosses et rats des champs de bienveillants cochers ?