La Vanoise, petites fleurs pour le plus grand jardin naturel de France

Le battement s’effectue en une fraction de seconde. En l’air, les couleurs prennent la lumière quand les ailes se déploient. Posés, s’abreuvant de nectar, ils peuvent être trompe-l’œil comme être avatar pour éloigner les prédateurs. De quelles nombreuses plantes hôtes ont été faits leurs voyages ?

Une gentiane aux étoiles bleues côtoie presque la neige. Là-haut, ce qui se découpe, s’imprime sur les rétines est un fac-similé en noir et blanc, naturellement noir et blanc. La roche en éboulis est d’un gris anthracite résistant à peine à son mariage avec le manteau immaculé qui habille les pics. Il faut gravir là où tout semble dénuement pour y trouver la vie, fragile. Comment aurions-nous pu imaginer que la montagne avait des prairies si naturelles à revendre ?! Tout à coup, à 1700 m d’altitude, les portes de la Vanoise (à Pralognan) s’ouvraient sur une prairie de fauche couverte de couleurs pastel : le rose de la Bistorta, le blanc de la carotte sauvage ou du cumin, le bleu des bleuets, le mauve des Cirses ou encore le bleu violacé des Geranium vivaces. Et là, vous vous dites que toute semeuse de jachère fleurie dans votre jardin n’aura jamais le geste aussi parfait que celui de Dame Nature – ou plutôt le geste aussi imparfait. La Nature a toutes les audaces : mélanger les couleurs, coloniser les arêtes rocheuses de haute altitude telle la Saxifraga paniculata qui vit dans les fissures de rochers, pousser à l’ombre les pieds presque dans l’eau comme Adenostyles alliariae qui « se voit contrainte, vivant dans des lieux où la lumière est rare, de développer de très grandes feuilles, une façon de multiplier le nombre de capteurs solaires pour récupérer le maximum d’énergie » ( extrait de A la découverte des fleurs des Alpes – 350 espèces dans leur milieu aux éditions Glénat).
Sentir le souffle chaud à la sortie des naseaux, tout près de nous. Tinter les cloches comme oscillent les têtes des Silene vulgaris. Cette prairie-là, en redescendant des Prioux, parmi les vaches, nous n’avions pas envie d’en finir avec sa contemplation. Comment reproduire ce mélange impétueux et fantastique du raiponce, de la gentiane jaune disséminée et du salsifis des prés ici en abondance ?

Ce voyage pourrait former la jeunesse de notre futur jardin ! Cependant, ces multitudes de fleurs rares ou moins rares, montagnardes ou subalpines, ne se révèlent jamais aussi bien que dans leur écrin : dans un fond de décor majestueux, celui des Alpes. Pour former, dans le plissement des montagnes, le plus grand jardin naturel de France. Emporter avec nous des réminiscences de formes, parfums, fraîcheur et couleurs nous comble.
Combien de fois remonter le torrent à l’eau si claire et froide pour rechercher avec toi, dans la solitude des ravins le bleu des panicauts. S’abandonner rarement comme la campanule en thyrse s’abandonne à tous ses étages aux sollicitations d’insectes… Accrocher la lumière comme l’accroche désespérément le cirse très épineux là-haut…Se précipiter, au fond, sur cet Eryngium alpinum comme un bleu gris introuvable dans la montagne, et se dire qu’il est là peut-être dans nos pas quand dans un battement on se pose en bas…

Bibliographie : A la découverte des fleurs des Alpes – 350 espèces dans leur milieu (édition Glénat)

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