Hêtre ou avoir, le manteau d’un roi

On espère un jour avoir un Acer griseum. Ce n’est pas un ordinateur d’un autre temps mais un superbe érable pas très imposant (10 m de haut) remarquable par son écorce couleur cannelle qui s’exfolie. Son feuillage à trois folioles se colore en automne passant du rouge à l’orangé. On aimerait bien avoir tant d’arbres comme celui-là, de collection. Par exemple, Davidia involucrata le fameux arbre aux mouchoirs, Gleditsia triacanthus ‘Sunburst’, Pyrus calleryana ‘Chanticleer’, Prunus serrula pour son écorce brun-acajou, un Salix aux beaux chatons en fin d’hiver ou encore le Malus hupehensis… Cependant, la superposition de tels sujets ressemblerait plus à un arboretum. Notre petit jardin de campagne n’a pas cette ambition. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de l’Hêtre (le Hêtre) plutôt que de l’avoir ! Acheté simplement en racines nues dans la jauge des Pépinières Daoust-Champ fleuri, à 2,50 euros, un petit hêtre pourpre (Fagus sylvatica ‘Purpurea’) est certes plus commun qu’un Fagus sylvatica ‘Tricolor’ (feuilles rouges au cœur blanc marginées de rose) pourtant je l’ai planté avec fierté à l’intersection des deux premiers cercles de pelouse. Avez-vous déjà admiré la voûte que vous offre un hêtre pourpre au bord de la pièce d’eau du parc de Courson, vue de dessous, pour comprendre un temps-soit-peu mon engouement ? Cet arbre sait prendre la lumière comme aucun autre. Il s’intègre parfaitement au milieu campagnard. Côté chemin, nous en avons planté trois « verts communs » qui seront conduits en haie libre. Son atout est son feuillage qui jaunira à l’automne : en forêt de Sillé autour du lac un spécimen d’un âge certain nous offre à ses pieds un superbe tapis, lorsqu’il perd son plumage, mélange de doré, vert et brun. Cet arbre est marcescent, ce qui lui permet de faire écran ou de garder un certain esthétisme même en période hivernale. Il supporte mal la sécheresse mais n’est pas de culture difficile. Son envergure à l’âge adulte peut aller de 15 à 40 mètres de hauteur pour 8 à 20 mètres de large ! En isolé, comme au jardin de Calipso, je le regarde patiemment croitre pour qu’un jour il se révèle être l’arbre central. Aspirant toucher son écorce vieillie par le temps, voir se déployer son manteau empourpré de roi sur un tronc d’une pâleur excessive comme l’arbre sacré où se perche une corneille noire avec un troisième œil de la célèbre série à succès, le trône de fer… même si dans cette saga romanesque, l’arbre tient plus de la collection des Acer, érable flamboyant !

Photographiques 5.15

In terra ctiV : ascension

De tôt matin, je me suis levé en ce jeudi d’ascension. Arrivé dans la cuisine, je jette un coup d’œil par la porte vitrée qui donne sur la cour… Encore ensommeillé, j’y regarde à deux fois comme on dit ! Sur le mur qui sépare la cour en deux, je crois voir d’abord un gros chat assis… J’écarquille alors les yeux ne reconnaissant pas un félin mais un paon ! Vous imaginez ma surprise. Comment est-il arrivé ici ?
Nous voulions attirer des oiseaux au jardin cette année, là nous avons fait fort non ? Je m’approche de la bête en essayant de ne pas l’effaroucher, en l’examinant s’envole mon espoir naissant d’assister à une « roue » ! En effet, il s’agit d’une paonne.
Sa présence m’intrigue beaucoup. A ma connaissance, nous n’avons pas de voisins possédant de paons. Elle semble débarquer de nulle part, perchée sur le haut du mur. Comment en a-t-elle fait l’ascension ?
Le temps d’aller au marché, elle avait disparu de son perchoir. Ce fut une apparition fugace (d’un dieu paon) mais celle-ci a éveillé ma curiosité : les paons ont-ils un territoire ? Le mâle n’était-il pas loin ? Les œufs de paonne se consomment-ils ? Qu’est-ce qui a pu l’attirer aux Jardins de Calipso ? Ai-je des chances de la revoir ?
D’après vous, devrais-je tenter un « Léon, Léon reviens… à la maison » ?

DSC_0648 (2)
Plus tard dans la journée, réapparition… ce n’était donc pas un mirage!

Euphorbia : avec des têtes de « télétubbies »

Elles ont comme des petites oreilles vertes en trompettes qui m’évoquent des petits personnages en latex, lesquels peuplent mon imaginaire. Elles sont des sortes de petits Shrek, un peu bonhomme débridé du jardin. Leurs grosses têtes chartreuses et jaune égayent le printemps. Ce sont les euphorbes. Il en existe plus de 2000 espèces. Impossible d’y échapper ! L’euphorbe n’est vraiment pas une plante difficile. Elle s’accommode d’un peu près tout type de sol et si on laisse faire se ressème à volonté. On en trouve de toute taille : de 30 cm à 1,20 environ. Elles peuvent être annuelles, bisannuelles, vivaces, arbustives et même arbres. Elles sont graphiques toute l’année à notre avis. Le dégradé de vert qu’offrent leurs petites fleurs entourées de bractées entre en contraste avec son propre feuillage et ses tiges qui peuvent être vert sombre, glauque, bleuté ou rouge ! Associée à des floraisons printanières de couleur lilas tels des iris, des Clematis ou des Wisteria (glycines), l’euphorbe tient son rang au jardin. Aux Jardins de Calipso, nous avons adopté cinq variétés. Euphorbia amygdaloides ‘Purpurea a un feuillage vert-pourpre avec des tiges rouges et au printemps des fleurs vert très lumineux, elle mesure 50-60 cm et se plait plutôt à la mi- ombre, son milieu d’origine étant les sous-bois.

DSC_0479 (2) Euphorbia characias ‘Wulfenii’ se trouve près de notre bassin. Installée depuis quelques années maintenant, elle se ressème généreusement depuis l’an dernier. Malheureusement elle n’a pas toujours le succès qu’elle mériterait lors de troc-plantes ! Haute d’un mètre à peine, elle a des feuilles allongées bleutées et persistantes. Au bout de ses tiges renfermant (comme toutes les autres euphorbes) le fameux latex toxique et irritant, s’épanouit une rampe florale verte avec un cœur noir teintée de jaune au fil de la saison.

DSC_0490

Euphorbia characias, plus imposante, plus haute et aux rampes florales plus impressionnantes est sans doute la plus répandue. Ses bractées sont d’un vert jaune plus lumineux. Dans un sol bien profond, frais et drainé l’hiver elle vous dévoile sa majesté. Plantée chez un copain dans une terre horticole, elle est devenue très attractive. Chez nous, elle a plus de mal craignant sans doute notre sol moins aéré. En tout cas, c’est une valeur sûre qui peut envahir un massif avec des touches de couleur jaune fluo de mars à juin.

DSC_0481 (2)

Euphorbia griffithii a été une découverte il y a quelques années en visitant le Jardin de la Pellerine en Mayenne. Originaire de l’Himalaya, elle est caduque mais rustique. Elle réapparait au printemps comme bon nombre de vivaces pour développer des touffes aussi larges que hautes (d’un mètre). Nous avons le cultivar ‘Fire Glow’ que nous confondons souvent avec ‘Dixter’. ‘Fire Glow’ est la drageonnante quand ‘Dixter’ est la « peu envahissante » ! La première a un feuillage vert nervuré d’orangé et une floraison rouge cuivré. Son feuillage à l’automne prend de jolies colorations. La seconde a un feuillage vert pourpré, des tiges rouges et une floraison rouge orangé très lumineuse.

DSC_0073

La dernière est un de nos « coups de cœur » made in Saint-Jean de Beauregard (fête de Printemps) : Euphorbia ‘Black Bird’. Son feuillage pourpre n’est pas sans lien de parenté avec celui de l’amygdaloides. Sa floraison est jaune-pourpre légèrement cuivré par reflets (tout du moins sur une jeune pousse). C’est une euphorbe de taille moyenne : environ 60 cm.

DSC_0512

Avec les euphorbes, nous sommes un peu dans une rencontre du troisième type ! Elles exercent sur quelques-uns comme un pouvoir de curiosité et sur d’autres, avec Euphorbia lathyris récemment introduite aux Jardins, des vertus soi-disant répulsives… Qu’en est-il Madame la Taupe ? Cette dernière pourrait bien se bidonner devant un énième épisode, Télétubbies à l’affiche ou non…

Selon Saint-Jean

20 cm. De quoi vous donnez envie d’avoir cet Allium (bien) nommé ‘Globemaster’ au jardin. Le diamètre impressionnant de son inflorescence nous propulse sur une autre planète. Effet bombe atomique.

Argentay – Les Verchers sur Layon. Un dédale de petites rues où des maisons à la pierre blanche de pays ou anciennes habitations troglodytes s’érigent comme les mots sans cesse inventés par Schéhérazade. Nous ne sommes nulle part. Benoît arpente l’un des tunnels, trouve le Verbascum bombyciferum et me dit : « Elle est bizarre cette plante, on dirait qu’elle vient d’une autre planète. Elle nous ressemble ». C’est notre monde onirique. On est un peu ailleurs et un peu chez nous en ce vendredi après-midi d’avril, chez Bella et David Gordon des Pépinières Plantagenêt : seuls parmi des centaines de plantes. Avec un plan du dernier quartier (de lune), on pouvait étirer les comètes, se prendre au jeu de sortes d’épithètes accolés au nom des plantes tels ‘Little Maid’, ‘Dallas Blues’ ou ‘Squaw Select’ ! Des ronds sur le papier se muaient en atmo-sphères dans nos mains.

La circulation se ramifie en tous sens. Nous sommes aux portes des Ulis 2. Le grand champ qui fait office de parking pour la fête des plantes de printemps à Saint-Jean de Beauregard ouvre le paysage sur les grandes tours de la banlieue. Gigantea. Un lendemain, un samedi sur la terre. L’après douceur angevine…, le tout-Paris se presse. Autant de cases où mes idées viennent se blottir dans la tour circulaire du pigeonnier. Nous voici, Benoît et moi, en pigeons voyageurs. En quête d’autres épithètes latines. Le giganteum de l’Eryngium s’est perdu dans la masse d’autres attributs. L’australis pourrait venir de l’autre hémisphère mais il est là bleu dans le sacre d’un Baptisia. L’esthète hastata ‘Pink Spires’ rivalise avec sa grande sœur de Buenos Aires -dans la famille je demande- Verbana ! Les pépinières défilent comme des marchands de rêves, marchands de Rome dans un temple. Le potager entouré de son enceinte murée a soudain l’évocation d’un cloître. Repos. Les jonquilles fânent au verger, des tulipes jaune pétant éclairent les massifs de ce potager classé jardin remarquable. La terre des carrés est labourée. Sol nu. La vigne sans feuilles. Seule la Clematis armandii offre sa profusion à notre sortie comme la promesse de l’abondance. L’opulence.

Mais c’est parfois Sous Un Arbre Perché que l’on s’échange quelques mots en toute simplicité. La Bretagne, sous quelques gouttes, avec la découverte par la pépinière des Korrigans du Teucrium. Les adjectifs nous manquent. Une chose speciosa comme un introuvable Telekia, faux espoir de la pépinière de collection Les Avettes. Comme si à Saint-Jean, la littérature latine était d’un autre temps, avait perdu ses lettres de noblesse. De pépinière en pépinière, nous sommes en quête de plantes comme de missives. Saint-Jean, tour de Babel où tous nous avons le même langage. Les anglicismes ont envahi les bouches : aux envies de couleurs ‘Red Arrows’ (d’un Veronicastrum), ‘Green Jewel’ ou ‘Orange Spider’ (pour Echinacea) ; aux accents d’un Elton John avec ‘Beauty of Cobham’ (pour Monarda) ou ‘Weeding Candles’ (pour Verbascum).

Saint-Jean et sa confusion des sens. La rencontre de deux mondes : l’ancien et le moderne. Ça s’entremêle, se tisse. On confectionne comme les alvéoles du colombier. Puis certaines plantes vagabondes sont en dehors : au parfum soi-disant de banane, ‘Longicuspis’ s’élancera en liane au-dessus de nos têtes où trottera peut-être une douce musique classique ‘Serenade’ (d’une Salvia) ou encore un goût de vin nouveau à la robe forcément lie-de-vin et au nom franchouillard ‘Beaujolais’ pour une Lysimachia… Voilà que les feux de Saint-Jean nous enivrent.