In terra ctiV

Les blogs sont souvent de longs monologues. Un travail d’introversion. Ce qui peut contribuer au sublime. Cependant, comme au jardin il y a un temps pour le contemplatif, il peut y avoir un temps pour le mouvement : se connecter pour l’interactivité !

Vous êtes de plus en plus nombreux au fil des mois à nous faire le plaisir de nous rendre visite sur ce blog jARDINs(non)reMARQUableS. Nous vous en remercions. Pour créer du lien et du mouvement, nous venons d’imaginer une nouvelle rubrique ! Eh oui : In terra ctiV ! Nos questions, vos réponses et vice versa.

Je m’en vais de suite vous donner un exemple pour le top départ de cette rubrique toute neuve : aux Jardins de Calipso, nous possédons une plante qui donne des sueurs froides. Ce n’est pas un oxalis mais ce n’est guère mieux. Je vous la détaille : une sorte de graminée (comme du chiendent) mais avec des petits bulbes qui se superposent les uns sur les autres. Forcément, elle se propage facilement. Les bulbes peuvent recouvrir de belles surfaces aussi bien à fleur de terre qu’en profondeur. Jusqu’à maintenant, après un arrachage difficile manuellement, nous mettions cette ‘mauvaise herbe’ au composteur en espérant que les hautes températures du tas tueraient totalement les bulbes… C’était sans compter sur la capacité de ces bulbes à survivre, à végéter comme peuvent le faire des rhizomes de bambous pour mieux renaître ! A notre grand désespoir !

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Pouvez-vous nous indiquer quelle est cette herbe ? Et nous aider à en venir à bout ?

Voici l’une des vocations de cette rubrique, qui sera plus que jamais la vôtre et celle du dialogue, la rubrique    In terra ctiV !

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Ebloui par…

…les éditions Ulmer ou l’art de faire de beaux ouvrages. Et comme une nouvelle fois, nous allons parler d’elles en bien, nous espérons qu’elles nous enverront plein de livres ! Hein ?

En attendant, pour mon anniversaire recevoir Jardins Contemporains de Brigitte et Philippe Perdereau – Didier Willery, le feuilleter et respirer son papier neuf m’ont fait oublier mon âge. C’est un gros livre avec de belles images. Il nous présente une quarantaine de jardins ouverts à la visite ou non, privés ou jardins de paysagistes classés en trois courants de conception : jardins épurés et graphiques, jardins sculptés et modelés, jardins naturalistes et sauvages. Ces jardins sont néerlandais, anglais, belges mais aussi français !

« Une fois la classification établie, une remarque intéressante s’est imposée : les jardins minimalistes sont toujours le fait de concepteurs, de professionnels du design (…) Ils sont étroitement liés à l’architecture et au mode de vie de (leurs) habitants, mais apparaissent généralement statiques : ils n’évoluent pas. La palette végétale utilisée reste souvent très réduite, mais les plantes bien choisies et précisément positionnées créent des effets à couper le souffle (…) Pour rester cohérents, les jardins minimalistes ne souffrent pas de négligence, tout comme les intérieurs « design » ne laissent pas de place au désordre. (…) A l’inverse, la plupart des jardins naturels ont été plantés par leurs propriétaires eux-mêmes. Ils évoluent au fil des années, en fonction des découvertes de nouvelles plantes (…). Ce sont des jardins vivants et évolutifs. Plus ils se rapprochent de la « nature » (…) plus l’entretien se simplifie au fil des ans, mais plus il demande de connaissances botaniques et pratiques. Il faut en effet être capable de distinguer les semis spontanés des différentes plantes de celles des « mauvaises herbes ».

Cohérent avec nous-mêmes, le troisième volet du livre fait la part belle à ce que l’on aime. Le jardin de Jaap de Vries sous une lumière éclatante est vraiment magnifique. Le jardin particulier de Berchigranges dans les Vosges va devenir très certainement une destination pour des vacances !

Cependant, ce livre n’a pas fait que renforcer une adhésion à un style. Il m’a permis d’apprécier le « moutonnement » des persistants comme j’imagine le reproduire à travers une future haie basse de laurier cerise ‘, de nous prendre à rêver Benoît et moi à un bassin de nage écologique, nous surprendre à admirer le contraste entre la sobriété d’une maison cubique très contemporaine et un véritable champ de graminées (Miscanthus sinensis ‘Morning Light’) sur le flan d’une colline dans la conception de Peter Janke pour un jardin privé près de Francfort, Allemagne… Sans oublier de se questionner en même temps que les auteurs : « Comment le jardin de Piet Oudolf vu maintes et maintes fois dans les magazines et dans de nombreux livres peut-il encore être présent dans cet ouvrage ? Parce que son créateur ne se repose pas sur ses lauriers et qu’il évolue lui aussi dans ses techniques. Ses nouvelles plantations n’ont plus rien à voir avec les « vagues de vivaces et graminées » qui ont fait sa réputation ». Maintenant à nous de créer ce qui fera le jardin de demain, notre jardin.

jardins contemporains

Notre inspiration, c’est aussi en feuilletant un autre ouvrage des éditions Ulmer « Le jardin/ The garden Hermannshof » (Texte Cassian Schimdt – Photographies Philippe Perdereau). Hermannshof, situé à Weinheim en Allemagne, est depuis 1983 un jardin de démonstration et d’essai : « Les plantations exemplaires de vivaces en fonction de leurs milieux sont une source d’inspiration pour les jardiniers amateurs, les architectes paysagistes et les services des espaces verts ». Une vocation réussie selon le souhait du professeur Richard Hansen (fondateur d’un autre jardin d’essai qui a largement inspiré celui d’Hermannshof : Weihenstephan), « devenir la référence en matière de connaissances jardinières ». Hermannshof est un jardin d’essai original dans le sens où il n’est pas « axé sur l’évaluation comparée des variétés de plantes » mais sur l’évaluation comparée « des utilisations de ces plantes, ce qui implique l’observation d’associations de plantes selon des critères liés au site, à l’écologie, à l’esthétique ainsi qu’aux techniques de culture ». Une vision inédite pour l’époque. « Le choix des plantes est tout autant déterminé par les conditions régnant sur le site de plantation que par les aspects esthétiques ». C’est pourquoi le jardin d’Hermannshof se décompose en huit milieux distincts : vivaces de sous-bois et lisières, plantes de prairie sèche nord-américaine et de steppe, graminées hautes de prairie nord-américaine, plantes de prairie humide, plantes de steppe sèche et garrigue, plantes de zone marécageuse (et nénuphars), plantes vivaces de massifs nord-américaines et asiatiques (et plantes annuelles). L’ouvrage nous offre de grands formats photo, parfois en double-page avec des variétés qui ont attiré notre regard et notre curiosité tels le Malus hupehensis aux couleurs flamboyantes en automne, la Melica transsilvanica, le Phlomis maximowiczii, l’Echinacea paradoxa aux pétales retombants jaunes, la pallida et l’Echinacea simulata au rose plus soutenu que la précédente, le Cornus ‘Ascona’ aux bractées d’un blanc pur, les Camassia (plantes bulbeuses), la Monarda fistulosa var.fistulosa de son rose pâle associée à un Panicum virgatum ‘Dallas Blues’… Un régal !

hermannshof

Les Persicaires persistent

Jusqu’à la fin de l’automne, guettant les premières gelées, elles résistent les persicaires. Comme une tâche, le rouge lie-de-vin de la Persicaria amplexicaulis ‘Fat Domino’ dérange presque au milieu d’un miscanthus ‘Zebrinus’ jauni, d’un Eupatorium maculatum ‘Glutball’ noirci et d’une Sanguisorba officinalis ‘Tanna’ décrépie aussi. Ça en serait limite injurieux cette floraison au milieu de rien. Et s’il n’y avait qu’elle ! Mais ses voisines s’y mettent également, l’amplexicaulis ‘Alba’ de son blanc immaculé et le rose du faux-ami ’Orange Field’ !

Appelées aussi bien Bistorta ou Polygonum, les persicaires amplexicaules forment rapidement des touffes de 1 mètre en moyenne avec une floraison en épis très prolongée. Elles apprécient des sols ordinaires à frais. Le feuillage à l’automne prend de jolies colorations. Avec leurs rhizomes, elles peuvent remplir de larges espaces même si au début elles peuvent mettre un temps à s’installer. C’est une plante sans trop d’exigence, il suffit au printemps de lui couper les tiges de l’année précédente pour la voir s’épanouir jusqu’aux premières gelées. Il existe pas mal de cultivars intéressants, ceux cités ci-dessus bien entendu mais d’autres comme par exemple ‘Pink Elephant’, ‘Blackfield’ ou ‘Early Pink Lady’.

Egalement, plus en finesse, les persicaires filiformis ont attiré à plusieurs reprises notre attention. La filiformis ‘Alba’ entre autres est d’une finesse et d’une subtilité ahurissante ! Une cousine très drageonnante la microcephala ‘Red Dragon’que nous avons réussie à bouturer facilement possède des feuilles lancéolées pourpres avec une floraison en petites têtes sphériques blanches rosées qui se succède sur une longue période.

Ressemblant fort à une grosse astilbe sans la contrainte d’un sol humifère et d’une situation ombragée, la persicaria polymorpha est le bouquet géant de la mariée ! Ses innombrables épis blanc pur apparaissent en été sur un gros buisson de 2 mètres de haut. Elle n’est pas du tout envahissante contrairement à sa jumelle que nous avons acquis l’an dernier par confusion : Persicaria polystachya (‘Wallichii’) qui pour le coup est traçante et se rapprocherait plus de la renouée blacklistée (Fallopia japonica, plante invasive). Néanmoins, la ‘Wallichii’, à réserver aux espaces naturels -en ce qui nous concerne nous l’avons reléguée au fond du jardin- a quelques atouts : sa floraison blanche en épis dégage un doux parfum et son feuillage se teinte magnifiquement à l’automne.

Une autre variété que nous avons sauvegardée aux Jardins de Calipso malgré son feuillage panaché un peu vieillot : Persicaria virginiana ‘Painter’s Palette’. Je l’ai eue lors d’un troc plantes. Son feuillage vert et ivoire laisse apparaître un V brun au centre de la feuille. Je ne saurais dire pourquoi elle me fait penser à une couleuvre ! Sa floraison pourrait avoir un intérêt car ses hampes florales d’un beau rouge sont en finesse comme les filiformis. Cependant, sa floraison se ferait rare… Malgré tout, je la conserve pour le moment car j’ai découvert que le jardin d’où elle provient a complètement disparu (jardin d’Hadspen par le couple Sandra et Nori Pope).

Disparue… la polymorpha que nous venons d’acquérir au Jardin d’Adoué a, elle aussi, disparu depuis que je l’ai plantée. Apparemment rien d’alarmant ! Il est même conseillé de l’oublier afin que la surprise soit totale lors de l’apparition de ses hautes tiges en mai suivie de sa floraison au doux parfum de miel, laquelle on l’espère attirera un nuage d’abeilles. De quoi peut-être nous donner envie d’avoir une ruche au jardin, mais ceci est une autre histoire…

Pays-Bas, terre de contrastes

Nieuw-Lekkerland. Les pieds dans la gadoue, nous levons la tête vers la digue où voitures et vélos se croisent dans une douceur de vivre. Un vol d’oies sauvages s’élève dans le ciel rose. Les moutons noirs nous ignorent de l’autre côté du canal ; montés sur leurs pattes-arrière ils croquent dans l’arbre les poires suspendues.

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Non loin se dessine l’immobilité des moulins à vent à Kinderdijk. Paysage strié de canaux colonisés par les nénuphars, paysage classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. La mer retirée a laissé place à des étendues vertes et fertiles. Les saules taillés avec leur feuillage bleuté-gris ont un quelque chose des oliviers de Provence ! Tout est paisible même l’horizon n’est pas coupé par des fils électriques ou autres câbles aériens. Vaches, moutons, chevaux sont comme en liberté, pour seule clôture une ceinture de canaux. D’une rive à l’autre parfois le contraste est saisissant.

Alblasserdam. A l’arrière du waterbus, les vélos s’entassent. Le petit village de Nieuw-Lekkerland s’éloigne quand les hauts buildings modernes se découpent, tels des créneaux de fortifications, sur le ciel. Au pied de la passerelle à la silhouette de cygne, l’Erasmusbrug, le jardin contemporain conçu par Piet Oudolf fait face aux nouveaux quartiers de la rive sud. Les blocs de végétaux en formes géométriques entrent en résonnance audacieusement avec l’architecture. Se superposent alors dans notre imaginaire les fameuses maisons cubes de Piet Bloom. Rotterdam.

 

Les ponts se succèdent enjambant les eaux dormantes et reliant les maisons aux briques de couleur rouge, parfois peintes dans un même alignement bleu jaune… La ville d’Amsterdam est un fourmillement de vélos en tout genre. Un vent de liberté y souffle faisant pencher peut-être les maisons typiques sur les rues branchées mêlant drapeaux arc-en-ciel et coffee-shop. L’amour des plantes est décidément partout aux Pays-Bas ! Septième ciel.

Un paradis perdu où les enfants jouent encore avec des voitures à pédales, cueillent des pommes et secouent les noisettes. Des prunes à profusion. Les poules picorent ici et là pendant que les lapins tondent la pelouse au fur et à mesure que leur « maison » bouge. La nature offre tout ce qu’elle a à ce pays de Cocagne ici au Boeren camping de Remmelink comme ailleurs sur les bords de route de Drempt. Des pots de confitures s’empilent sur un banc posé sur le bas-côté ; en face une autre maison a déposé une carriole d’enfants remplie de coloquintes. Te Koop. Avons-nous assez à donner en échange de cette généreuse nature néerlandaise ? Sinon à l’imiter.

A quelques kilomètres de Drempt, en rase campagne vit un homme internationalement connu dans une simplicité apparemment déconcertante, au milieu d’une prairie nord-américaine aux couleurs contrastantes. Seul dans l’exubérance de son jardin perdu au milieu de rien…