Les jardins de Calipso

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Rodgersia, en pieds de canard près du bassin

Je me suis si souvent retenu me disant que c’était un amour impossible. Et puis les voir si magnifiquement peupler les rives des bassins des Jardins de Castillon, j’ai (nous avons) craqué pour elles. Les Rodgersia nécessitent un sol riche, humifère et une exposition à la mi- ombre. Pas simple aux Jardins de Calipso de leur trouver un tel environnement. Finalement, revenant du Calvados avec deux spécimens : podophylla et pinnata, j’ai opté pour la berge du bassin à l’ombre légère de l’osier. Sans prétention côté originalité ! Pour le moment, avec l’été en dents de scie, elles n’ont pas l’air de souffrir. Ces plantes ont la même grâce que les Astilbes que nous affectionnons aussi mais que nous ne pouvons pas adopter. Selon moi, elles ont un double attrait : leur feuillage tout d’abord avec des feuilles larges. Les variétés pinnata ainsi que aesculifolia ont des feuilles à 5 folioles comme les marronniers (sorte de palmes !). Ensuite pour leur floraison en panicules.

Podophylla a des feuilles pouvant atteindre 50cm de large ! Sa floraison est blanche. Elle peut atteindre plus d’un mètre de haut. Comme toutes les Rodgersia, son développement est lent : il faut compter deux ans avant que la plante s’installe malgré sa souche rhizomateuse. Son feuillage passe du bronze rosé au printemps au vert tendre en été et finit en beauté en automne en se teintant de rouge.

Pinnata ‘Elegans’ (s’il s’agit bien de celle-là) a des feuilles ressemblant davantage à celles d’un marronnier. Sa floraison rose pâle s’achève en rouge rubis. Cette variété a vraiment été un coup de cœur aux Jardins de Castillon, en rideau près d’un des bassins. Il va falloir de la patience (minimum trois ans) et quantités de petits soins et arrosages pour espérer une même mise en scène ! Finalement, près de notre bassin, il ne nous manque plus que les vrais canards…

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Les Brèves – 21 juillet – Le jardin fait babyboom boum

M’asseoir avec toi, un soir, sur un ban de poissons tant qu’y en a… Voir s’écouler la vie comme ça ! Les compter, les recompter avec émoi pour se dire qu’ils se sont aimés plus d’une fois…

Multiplier n’est pas toujours chose facile avec nos plantes, cependant en laissant faire Dame Nature, dans le bassin, nous sommes passés de sept poissons (trois Koï et quatre poissons rouges) à une vingtaine de trucs en écailles ! C’est le babyboom au jardin ! Après une portée de sept chiots par ma chienne Gaëlice, nous assistions il y a deux jours –béatement- à une multiplication des poissons (miracle) !

Au printemps en désherbant près du bassin, j’avais remarqué dans les Pondeteria un filament visqueux rempli de petites boules blanches. Etait-ce des œufs me demandais-je alors. Je pensais à une ponte de je ne sais quelle bestiole ou herbe envahissante. C’est pourquoi cette fois-là, je détruisis l’espèce de cocon. J’en revoyais un peu plus tard et cette fois-ci, pensant que c’était peut-être des œufs de libellule, je les laissais. Alors serait-ce des œufs de poissons (Carpes Koï et poissons rouges) ?

Toujours est-il que nous avons maintenant un ban de poissons !

A la lecture d’articles sur internet, il semble que la reproduction de koï est chose malaisée. Alors peut-être n’avons-nous que des bébés poissons rouges ?! Bizarre puisque certains alevins sont argentés tachetés de rouge et d’autres noirs tachetés de rouge… Nos koï ne sont certainement pas des japonaises à lire ces articles. Certainement des européennes. Il faut une femelle pour deux à trois mâles apparemment pour optimiser les naissances. Une femelle pond des milliers d’œufs qui vont s’accrocher aux parois du bassin ou aux plantes aquatiques tels les nénuphars. Le frai s’effectue bien au printemps quand la température de l’eau se réchauffe (19°). L’éclosion est rapide : entre 72h et une semaine selon la température de l’eau. Le taux d’alevins viables est en fait très faible : les parents mangeant les œufs. Les petits alevins sont aussi des proies faciles pour couleuvre, grenouilles, crapauds, oiseaux… Sur 100 000 œufs, il ne peut en rester qu’une quinzaine ! Cependant, la prédation est même conseillée car une surpopulation signifie l’apocalypse dans le bassin.

S’il se révèle que nous avons bien des bébés Koï (sans grande valeur apparemment), il nous faudra s’exercer à la pêche à l’épuisette. Cette progéniture ira certainement peuplée la mare du Tremblai, dans le sud de la Mayenne…

Particules élémentaires : dans l’ombre des Jardins de Castillon…

Quand on pousse la porte étroite des Jardins de Castillon, ce sont des effluves d’une vieille maison de vacances avec ses vieux objets et l’odeur des vieux livres qui nous reviennent. Cela nous fait chanceler dans un univers proustien.
Le matin même, nous remontons le temps. Le temps retrouvé de milliers de jeunes hommes, dix-sept ans à peine pour certains avec une hargne rimbaldienne ; américains, britanniques et français qui débarquaient sur les plages normandes. Ne restent que ces croix blanches qui fleurissent, dormant comme dormirait l’insouciance, allongées sur un tapis vert gazon. Des jeunes hommes bercés par la nature qui trouvent le repos.

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« Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, /Je me suis promené dans le petit jardin » (Après trois ans – Paul Verlaine)
« C’est un trou de verdure où chante une rivière, / Accrochant follement aux herbes des haillons / D’argent ; où le soleil, de la montagne fière, /Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons. » (Le Dormeur du Val – Arthur Rimbaud)
Le paradis est un dégradé de verts. C’est l’espérance sur chaque seuil des chambres en terrasse qui nous attend patiemment aux Jardins de Castillon. On entre comme dans un temple avec quatre Cornus controversa ‘Variegata’ pour piliers. Le rosier ‘Shakespeare’ invente un parfum au velours, léger. Flotter comme marcher sur l’eau avec de grandes dalles de béton posées à fleur de surface. Une petite fille de pierre en liseuse, l’âme égarée au-dessus d’un bassin où les nénuphars combattent l’immobilité. Des rodergsia roses peuplent la rive gauche. Des Astilbes . Les striures des hostas.

Les fenêtres végétales s’amusent de mise en abyme. Le jardin dans le jardin. Celui-ci démultiplié à l’infini. Deux en un, une grande allée jetée comme un pont. Traverser. Des mondes parallèles. Le gazon a des bandes rectilignes vert clair vert foncé. S’incarner en poisson dévidant l’eau. Descendre dans le foisonnement d’un fleuve : l’ombre dans l’espace fait scintiller les dorés, comme des étoiles qui meurent. Un taxus en cône s’illumine tel un phare quand un amas de Filipendula hexapetala ‘aurea’ gravite au bord du petit fleuve artificiel. Plus loin dans un théâtre de verdure un berberis ‘Faisceau doré’ éclaire un massif. Illuminations.

Des chambres à la rigueur de hautes haies sont comme autant de cellules où la vie grouille. Un miroir hexagonal renvoie au vide quand la cellule suivante se divise en deux chromosomes identiques composés de Crambe cordifolia, Cephalaria gigantea, Potentilla ‘Flamenco’, Ligularia Stenocephala ‘the rocket’, Cotinus, Alchemilla mollis…

Flotte aussi dans la dernière chambre, petite galaxie ou électron libre, une particule lumineuse. Geranium thurstonianum de son pointillisme se déploie en une multitude de fenêtres dans l’ombre géante d’un univers étirable.
Fait de superpositions, les Jardins de Castillon. Ici s’est jouée la bataille entre l’ombre et la lumière. Le soleil est un dieu que l’on cache, les ténèbres n’ont que la profondeur de la beauté. Colette Sainte-Beuve, pionnière en matière de vivaces, semble défier le temps. Multipliant comme se reproduisent dans l’obscurité les particules élémentaires. De la mitraille. Des éclaboussures de sève écarlate jusqu’aux plages. Sans débarquement. Dans le fracas du silence des eaux paisibles quand le soleil crève l’océan.

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Le Galega, Rue des chèvres dans le jardin !

Nous l’avons ramené tout petit tout bébé des Jardins de Castillon ce Galega qui fleurira mauve, et il a déjà doublé de volume près de notre bassin. Bon ok, pas d’emballement, il ne fait encore qu’une vingtaine de centimètres mais quand même ! Le temps pluvieux de ce mois de juillet y est certainement pour beaucoup. Le Galega aime la fraicheur. Ses rhizomes vont pouvoir bien s’ancrer. C’est une vivace qui a une croissance rapide. Il ressemble à du lilas lorsqu’il est en fleurs. Il a aussi un côté pois de senteur. Son feuillage est super intéressant avec des feuilles oblongues pennées. Sa floraison se fait en début d’été. Il refleurit en coupant les fleurs fanées et si on le rabat en fin de floraison, il fera un superbe feuillage tout neuf !

(photographie issue d’internet)

Hydrangea paniculata ‘Limelight’ et les autres serrata and quercifolia…

C’est un temps pour écrire sur les Hydrangea. L’humidité devrait leur redonner un peu de panache. Les Hortensia, ils nous rappellent la Bretagne. De grosses fleurs roses ou bleues. Ils aiment la fraicheur, une bonne terre de jardin. Chez nous, plateau calcaire, les faire vivre relève du défi. Les planter dans de la terre de bruyère seule est une mauvaise solution. Ajouter du terreau et du compost à notre terre a été la moins pire des solutions ! Les Jardins de Calipso accueillent donc un Hydrangea macrophylla, un quercifolia, deux paniculata dont le ‘Limelight’ et le ‘Vanille-fraise’, le fameux arborescens ‘Annabelle’ et dernièrement (acquisition auprès de la pépinière Sous un Arbre Perché) le serrata ‘Kurenaï’.
‘Annabelle’ supporte mieux notre sol. Il profite d’une ombre légère. Il fleurit en ce moment avec de belles têtes, boules blanches. Comme nos deux paniculata, il fleurit sur le bois de l’année. Il est conseillé de le tailler à deux ou trois yeux au-dessus du sol au mois de mars. Ainsi rabattu, il n’en fera que de plus grosses fleurs.

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Les paniculata supportent mieux le soleil tant qu’ils ont les pieds dans un sol qui reste frais. Chez nous on les arrose régulièrement ! Le ‘Limelight’ a une croissance rapide. C’est un bel arbuste qui fleurit en panicules blancs au début de l’été et rosit au fur et à mesure de la saison pour devenir presque rouge en fin de floraison. On peut laisser les inflorescences séchées sur l’arbuste en automne pour un bel effet sous le givre ! Il faut le tailler en mars sans attaquer le vieux bois surtout ! On le taillera au-dessus du premier œil du bois de l’année précédente.
Notre quercifolia et notre serrata font parties des Hydrangea qui fleurissent sur le vieux bois comme les macrophylla. Le quercifolia comme son nom l’indique a de l’attrait d’abord pour ses feuilles découpées comme celle d’un chêne (Quercus). Celles-ci se colorent de pourpre à l’automne, embrasant le massif dans lequel il se trouve. En fin de printemps- été, sa floraison blanche en grosse panicule est également attractive. Ce dernier supporte très mal une taille trop sévère. Le serrata ‘Kurenaï’ restera compact. Environ 1m en tous sens fait de lui un petit sujet chez les Hydrangea. Ses inflorescences forment des plateaux qui commencent à faire des fleurs stériles à sépales blancs qui virent durant l’été au rose puis progressivement au rouge. Il est moins sensible aux gelées tardives car il est originaire des montagnes du Japon ou de Corée.
Leurs couleurs varient en fonction de la nature du sol et de la présence plus ou moins forte de sulfate d’aluminium. Pour des hortensias bleus, il faut déjà avoir de vraies variétés bleues, c’est mieux et en plus une bonne dose de sulfate d’aluminium dans votre sol. Sinon abandonnez l’idée ! Arrosez avec des produits bleuissant ne sera certainement pas notre conseil, à la rigueur de vraies ardoises pilées aux pieds pourquoi pas…
Enfin, un dernier conseil pour jardinier « fainéant » (que nous sommes !) : il n’est pas utile de tailler les Hydrangea (comme ça on ne prend aucun risque). Enlevez seulement les fleurs fanées et le bois mort, taillez ce qui prend trop d’ampleur et surtout profitez de leur beauté au naturel !