Quoi tailler en ce moment ?

Pour ne pas se planter…

La Taille d’arbustes à floraison estivale : c’est maintenant ! On taille en février-mars pour une floraison optimale. Attention je vais faire mon spécialiste, mais en fait je peux dire merci à mon passe-temps favori : la documentation de magazines spécialisés.
Pêle-mêle :
Abélia : on le rabat de 1/3. Hibiscus : on épointe chaque branche à la fin d’hiver. Arbre aux faisans (Leycesteria formosa), on le rabat à ras. L’arbre aux papillons (Buddleja davidii), on effectue un recépage. Sur un Callicarpa bodinieri, on ne fait aucune taille on enlève juste le bois mort. Caryopteris x clandonensis : rabattre 20 cm du sol. Pour les Hydrangeas paniculata, raccourcir les tiges florales à 2 ou 3 yeux au-dessus des ramifications. Lavatère arbustif : en mars-avril, tailler à 10 cm les pousses de l’année précédente. Lespedeza thunbergii : rabattre à 25 cm du sol. Lilas des Indes (Lagerstroemia indica) : raccourcir à 5 ou 10 cm des ramifications. Perovskia atriplicifolia : rabattre à 10-20 cm du sol.
Egalement, en février-mars, on rabat à 10 cm du sol nos graminées (Miscanthus, Deschampsia, Stipa, Calamagrostis, Pennisetum…) excepté les Carex buchananii auxquels on ne fait rien !
Toujours en février-mars, on fait un nettoyage des vivaces persistantes. Il est conseillé de tailler les vivaces caduques en septembre-octobre or on peut laisser les tiges florales même cramoisies pendant l’automne-hiver si le graphisme est intéressant.
Les bois décoratifs tels que les Cornus et les Salix se taillent en mars-avril.
Les rosiers se rabattent plutôt en mars après les dernières gelées. Nous reviendrons, je pense, sur la taille des rosiers plus « complexes », histoires d’yeux ! Comme nous reviendrons sur la taille des fruitiers avec une distinction fruits à pépins et fruits à noyaux, histoires entre autre de coursonne !
Enfin, certains arbustes ne se taillent pas : les arbustes de terre de bruyère (Azalées, Rhododendrons, Skimmia, Pieris, bruyères mais aussi les Magnolia, Choisya, Cistes. Alors on taille seulement avec précaution et dans le respect du végétal.
A vos sécateurs !

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Un printemps précoce ?

Malgré une meute de chasseurs fluo, nous avons pointé le bout notre museau, la chienne Gaëlice et moi, au jardin. C’était des retrouvailles après ces mois entiers de déferlement de pluie. Sous chaque pas l’herbe semblait crépitée hier. Pour une fois ce n’était pas le soleil qui s’évaporait. J’avais décidé de tailler mes graminées. Février étant l’époque idéale. Tout en usant du sécateur, je flânais à droite à gauche du jardin. Le forsythia est entré en fleurs. Le jaune va bientôt éclairer le printemps. Les arbres fruitiers bourgeonnent déjà : cerisier, prunier. Je me suis mis à tailler un peu le pommier… Est-ce la bonne époque réellement pour cet arbre à pépin ? Un peu tard je pense mais il a retrouvé une forme ! J’ai réutilisé les tailles de Calamagrostis et des Miscanthus pour faire un paillage au pied des Anémones du Japon et du Cotinus. J’ai enchainé sur la taille de quelques rosiers puis j’ai freiné les ardeurs de l’an passé de la Campsis (Bignone) Mme Galen. Madame était en train d’atteindre la charpente de la maison visant la belle étendue d’ardoises ! Il ne faut pas la rater tous les ans celle-là ! J’ai fini ma taille de saison par la mise en forme de mon Laurier sauce qui se trouve dans la cour (censé être proche de la maison comme certaines aromatiques : menthe, sauge officinale, romarin). Le laurier est un arbre qui se prête plutôt bien à la taille, j’ai décidé de le mettre en forme d’ogive, un gros œuf quoi ! Voilà pour un premier après-midi fort agréable. L’hiver, y en a-t-il eu seulement un ?, a pris ses quartiers ?? Une flopée d’étourneaux (je ne mis connais pas trop en oiseaux…) a dessiné un superbe essaim dans le champ en face. Mobilisation générale ! Aujourd’hui, belle journée en prévision pour le désherbage de massifs et si la terre le permet une réorganisation de la plantation sous le massif du pommier.
Profitez bien de la douceur aussi avant de nous retrouver pour la rubrique « Le Focus » : presque tout savoir sur la taille !
J’oubliais : hier j’ai fait tomber la neige sur la mousse de la pelouse, les cercles se sont parés d’un gris blanc. Conseillé par le Silence ça pousse de mercredi dernier, j’ai essaimé la cendre de la cheminée sur l’envahissante mousse. A défaut de chaulage. Bref, j’ai fait mon « éruption » dans le jardin en cette fin d’hiver…

Le Top 5

A l’unanimité (c’est-à-dire Benoît et moi), nous avons établi notre top five des Jardins remarquables visités à travers la France. Bien entendu ce classement ne répond en aucun cas à des critères, il est purement subjectif. Ceci n’est que notre humble avis. Nous vous conseillons d’ailleurs de vous faire votre propre opinion en allant les voir ! Voici donc pour la première fois (roulements de tambour) notre sélection :
En cinquième position, nous envahit d’émerveillements la Bambouseraie de Prafrance (ou d’Anduze) à Generargues dans le Gard (30).

En quatrième, la sérénité du Jardin japonais de Compans-Cafarelli à Toulouse en Haute-Garonne (31)

La troisième place revient au Jardin de la Pellerine, avec un peu de chauvinisme de la part de Benoît puisque ce jardin est en terre mayennaise (53)

La deuxième place, avec cette fois-ci un chauvinisme débridé de ma part, est très inspirée en l’existence du Jardin d’Atmosphère du Petit Bordeaux à Saint-Biez-en-Belin dans la Sarthe (72)

Enfin, on s’extasie ! Notre coup de cœur est le Jardin des Paradis à Cordes sur Ciel dans le Tarn (81).

Il nous reste à vous délivrer la suite de notre classement avec des beaux jardins riches de leurs qualités.

6- Jardin de simples de l’abbaye de Daoulas (Finistère 29)

IMG_1369 (olivier)

7- Les Jardins de Marqueyssac à Vezac (Dordogne 24)

IMG_0583 (olivier)

8- les Jardins du Mirail à Crannes-en-Champagne (Sarthe 72)

IMG_7136 (olivier)

9- Parc oriental de Maulévrier (Maine-et-Loire 49)

parc oriental maulévrier 058 (Benoit)

10-Jardin du Phare de Chassiron à Saint-Denis d’Oléron (Charente Maritime 17)

Ile d'Oléron Aix + La Rochelle 2012 220 (olivier)

11- Parc de Courson à Courson-Monteloup (Essonne 91)

IMG_1450 olivier

12- Jardins du Château de Villandry (Indre et Loire 37)

Villandry 119 (Blog)

13- Jardins de la Boirie à Saint-Pierre d’Oléron (Charente Maritime 17)

Ile d'Oléron Aix 021 (olivier)

Chapitre 2 : Révélation

Il y a quelques temps maintenant alors que je parcourais la campagne sarthoise pour un emploi de recenseur de végétation chez ERDF, j’ai ressenti comme un écrasement de la nature laquelle reprenait vie après un dur et long hiver. C’était d’une violence inouïe cette exubérance.

Il parait que notre regard change sur le paysage quand on devient paysagiste. Notre regard devient celui d’un artiste. Il est vrai que l’on évolue : passer des pélargoniums en jardinières aux plantes vivaces et variétés de graminées est un grand écart. Il y a encore peu, je juxtaposais les plantes jusqu’à une… révélation !

J’ai toujours aimé les plantes volubiles. Les envahissantes. Celles qui se ressèment. Petits, chez mes grands-parents en Mayenne, on jouait sous les marronniers auprès de vieilles Peugeot laissées à l’abandon. La nature ayant repris ses droits. Les carcasses camouflées sous une végétation. C’était la friche. Petit, je me souviens des balades sur le chemin menant à la ferme Nogé avec cueillette de fleurs sauvages sur les bords des fossés.

Aujourd’hui, il est moins facile de retrouver cet univers. Le jardin au naturel. Première nécessité, le zéro phyto, à laquelle je m’applique sans relâche. Alors forcément cela implique paillage (avec tonte sèche, tapis de feuilles, cartons…), désherbage manuel (notre principale activité à vrai dire au jardin) ou bien l’acceptation de ces fameuses « mauvaises herbes », disons plutôt comme les savants « les adventices ». On l’aura compris, un jardin tiré au cordeau sans un brin d’herbe, ce n’est pas le nôtre !

Heureusement, depuis quelques années, il n’y a pas que de l’herbe ! Quoique pas mal de graminées tout de même ! Mais aussi des vivaces, plutôt des vivaces hautes. Les Jardins de Calipso manquent de verticalité. Une erreur. Lors de la création du jardin, il aurait fallu que je plante d’abord les arbres. L’ombre est une des clés, à mon avis, de la réussite d’un beau jardin. Alors, depuis deux ans, j’essaie de planter tout bêtement des arbres ! Pour en citer quelques-uns acquis dernièrement : Quercus phellos, Prunus serrulata ‘Accolade’, Magnolia x soulangeana. Ceux à venir, j’espère : Malus perpetu ‘Everest’, Pyrus calleryana ‘Chanticleer’. Ceux que j’ai bouturé : Sambucus nigra ‘Black Lace’, Pittosporum tenuifolium ‘Variegatum’, Liquidambar styraciflua.

Grâce aux Journées des Plantes de Courson auxquelles nous avons assistées l’année dernière, nous avons pu acquérir pas mal de plantes vivaces et graminées : Rudbeckia ‘Prairie Glow’, Veronica spicata ‘First Love’, Veronicastrum v. ‘Album’, Eupatorium ‘Chocolate’, Stipa gigantea, Eragrostis trichoides, Aster lateriflorus ‘Lady in Black’, Astrantia major ‘Ruby Star’, Salvia nemerosa ‘Caradonna’ (version printemps) ; Heuchera ‘Cherry Cola’, Heuchera ‘Peach Flambe’, Persicaria amplexicaulis ‘Orange Field’, Molinia ‘Ponts-de-Cé’, Stipa brachytricha, Echinacea ‘Green Envy’, Sedum, Aster… (version automne). Puis, nous en reparlerons, d’autres acquisitions aux Pépinières Lepage, à Daoust Pépiniériste et à la manifestation mancelle « Entre Cours et Jardins ».

Tout ceci pour dire que nous avons commencé un grand chantier de plantations au jardin. Seulement, toujours avec une superposition de plantes que l’on aime, souvent un seul sujet d’une variété. Erreur !
Sans le savoir, j’ai été toujours attiré par le jardin dit naturaliste. J’apprécie de me rendre à la médiathèque Louis-Aragon au Mans. J’avais effectué des recherches sur ce type de jardin, jardin naturaliste. Des noms se sont imposés : Gertrude Jekyll (pionnière), Christopher Bradley-Hole, Noël Kingsbury, Piet Oudolf (chef de file)… Plus tard, ma curiosité m’a poussé à lire en décembre dernier : Plantations, nouvelles perspectives de Noël Kingsbury et Piet Oudolf.

Plantations-nouvelles-perspectives

Ce livre a été un choc. D’une violence inouïe, d’un bonheur envahissant ! Aujourd’hui, j’ai hâte de revoir mes massifs. Ma pensée a évolué, la révolution est en marche. L’envie. Avec le printemps qui pointe déjà à la porte des Jardins de Calipso. La philosophie du jardin naturaliste, je vais la faire mienne. Et me conduire en bon disciple, cherchant sa propre voie.

Bref, ce livre aura été la révélation…sans doute jusqu’à la prochaine !

Un jardin japonisant So’ Toulouse !

 

Nos petits périples dans l’hexagone sont toujours une formidable excuse pour aller voir un jardin, remarquable ou non. En 2013, nous avons eu l’opportunité de nous rendre pendant l’hiver en Alsace et d’y admirer les superbes paysages des Vosges sous la brume. Avant, en septembre, nous avons adoré les sentiers côtiers du Finistère qui nous ont conduits sous un soleil de plomb à la pointe du Raz. Avant l’aventure bretonne, en juin, nous avons découvert le Périgord noir, vallonné de vert.

La Dordogne nous a faits voyager : le château de Beynac nous surplombant. Citons La Roque-Gageac, Castelnaud-la-Chapelle, Domme ou encore Limeuil au confluent de la Dordogne et de la Vézère. Limeuil où nous avons vu Les jardins panoramiques sous la pluie, un jardin avec une vue effectivement imprenable sur l’union d’un fleuve et d’une rivière ; quelques plantes aromatiques et d’autres à usage tinctorial. Poursuivons : Marqueyssac et son jardin contemporain d’une multitude de buis taillés en forme sur lequel nous ferons une part belle dans une autre édition.

Sur la route du retour, nous avons eu l’heureuse surprise de passer par le Tarn et Cordes-sur-Ciel. Fortuitement, nous avons fait une halte dans un autre jardin labellisé, Jardin des Paradis, conçu par les deux architectes-paysagistes de talent Eric Ossart et Arnaud Maurières. Jardin qui a été pour nous un sacré coup de cœur et sur lequel bien entendu nous consacrerons, bientôt, un focus.

Entre temps, à une heure de ce Jardin des Paradis et de Cordes sur Ciel, nous sommes à Toulouse, la ville rose, sous un ciel gris. C’est également par hasard que nous pénétrons dans le Jardin « japonais » de Compans-Caffarelli, jardin public et jardin remarquable. C’est ici que nous faisons une pause, une pause zen !

Je suis tout de suite émerveillé par la sérénité, l’immensité presque au sens propre, de ce jardin sec. Jardin de graviers blancs et de rochers. Devant cette grandeur, cette sobriété, je revois le Vallon du Dragon d’Erik Borja, jardin « japonais » intégré –pour le 150ème anniversaire – à la Bambouseraie Prafrance d’Anduze. Seulement, je dois avouer que je n’ai pas le souvenir d’avoir été déjà transporté d’un si grand jardin sec. Un chat semblait régner en maître sur cette rivière de galets blancs. Nous nous sommes installés, assis en tailleur, sur le plancher du pavillon de thé.

Des employés du parc veillent au silence et à la quiétude du lieu. Ils sont un peu comme des moines bouddhistes. J’imagine alors qu’ils ratissent chaque jour, comme le veut le rituel spirituel, l’étendue plane de kaolin. Façonnant l’impression de vagues. Le mouvement dans l’inertie du minéral.

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D’une taille plus modeste, les Jardins de Calipso accueillent aussi un jardin zen ou jardin sec (karesansui). Du sable concassé blanc fait office de kaolin. Plus difficile avec d’esquisser des vagues. Il ne répond pas aux règles précises de la tradition des jardins secs japonais. Il se veut d’inspiration et contemporain puisqu’il possède un relief minimaliste en la présence d’un étang de galets gris, jouant les contrastes. D’un côté de l’étang a été planté un Acer palmatum, de l’autre une mini forêt de Stipa tenuifolia. Un écran de bambou (Phyllostachys aurea et Phyllostachys nigra) forme le second plan. L’arrière-plan étant une haie bocagère.

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Mais où sont donc passées les carpes koï ?, direz-vous !

Tout simplement dans un bassin à la forme géométrique cubique, miroir d’eau posé quasiment à l’opposé du jardin… Mais ceci est une autre histoire…

 

 

Calipso

La plaine de Conlie est un no man’s land. Le chemin boueux, qui nous a conduit plus d’une fois vers Grillemont, tu le redoutais petite. Déjà fière de ta robe tricolore comme une petite princesse, tu avais fini par apprivoiser la terre, les éclaboussures et les champs. Cette terre, c’était bien la tienne. Ta masse noire se découpait sur l’horizon où le TGV serpente. La route était ta limite mais le paysage que je construisais autour de toi t’appartenait déjà. J’aimais te voir te rouler dans l’herbe au milieu des cercles. Tu assistais avec douceur et impérialisme à ma folie. Cette terre était la tienne mais comment t’y faire demeurer ?

Les causses, dans l’Aveyron, ont emprisonné ton dernier souffle de liberté. Estaing m’a arraché à toi, comme une coulure dans ma vie, tout le long de son ruisseau. Je n’ai pu te ramener chez toi, sur ta terre, vulgaire plaine de Conlie. Plus que jamais mon no man’s land, après ce retour d’Aveyron.

J’ai retiré le vieux portail de bois, pourri. Comme pour me libérer. Ou te laisser partir. Te rendre ce qui t’appartenait déjà. D’une vieille traverse rognée par le temps, je décide d’en faire un totem. Là, j’y grave au couteau de sculpteur les mots « Les Jardins… ». Cela reste inachevé.

Tu n’appartiens plus à cette terre. Pourtant tu y es partout. Tu y flottes, ma Calipso.  A mes côtés, tu as choisi l’inachèvement pour me signifier que rien n’est fini, pour me signifier qu’il faut redessiner, pour me signifier qu’il faut toujours recommencer, toujours réinventer.

Le nom sera donc gravé dans cette vieille traverse, de façon immuable, pour que tu t’élèves à mes côtés dès l’entrée du jardin. « Les Jardins de Calipso ».

Calipso

En ton souvenir, ont été imaginés et réalisés le bassin (jardin de vie aquatique), le jardin japonisant (jardin sec et blanc), le potager (un jardin à la Mondrian), des jachères fleuries et bien d’autres jardins à venir…

Sur le chemin, nos silhouettes d’homme et de chienne sont encore imprimées ; vagabondes dans nos solitudes.