Le PONT

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Le jardin n’existe plus. Seules quelques photographies en noir et blanc peuvent témoigner du lieu. Une succession de marguerites en tapisserie accrochée à un mur termine l’exposition. Et si elles se mesuraient avec simplicité et naturel aux Nymphéas ? La foule déambule, se presse, comme dans ce paris haussmannien qui s’aligne sur les toiles, pour retrouver un morceau – ressentir ne serait-ce qu’une impression- du Petit-Gennevilliers. Gustave Caillebotte demeure un peintre impressionniste  dans l’ombre de. De seconde zone. En vérité tellement à part.

marguerites

La force et la dureté côtoient la fragilité et l’éphémère. Les bras dessinés des Raboteurs s’allongent sur le parquet. Les peintres en bâtiment contemplent leur travail devant une devanture sur un boulevard rectiligne. Enfin des jardiniers ont le dos courbé sur un potager. C’est le quotidien grossier des petites gens qui côtoie la beauté éphémère de natures (non-mortes) vivantes : des capucines comme des lianes, des bouquets de chrysanthèmes.

En ce dimanche de Pentecôte, mettre un pas devant l’autre (ou dans celui de Monet) paraît bien surréaliste. Le Clos Normand affiche complet. Le ravageur Homo erectus habilis sapiens debilitus fait tâche sur le tableau. Le bassin aux Nymphéas est cerné par une file incessante d’Hommes-fourmis, ouvrières d’une consommation de tourisme. Heureusement, Monet a su magnifier ces nénuphars, qui là nous semblent outrageusement communs. Laissons aux parisiens-parisiennes, aux anglais(es), aux asiatiques tout le loisir de s’extasier sur le petit pont vert arborant sa broderie de glycine.

Peut-être une promenade sur les bords de Seine découpés aurait-elle été plus propice à notre abandon des impressions ?

Et si le jardin remarquable était ailleurs ? Un jour plus tôt…

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Voici la prairie calcaire sur les hauteurs de Ballon (Sarthe). En chemin, un orvet se réchauffe au soleil, timide en ce printemps. Entre les doigts du guide du Conservatoire d’Espaces Naturels des Pays de la Loire, le lézard sans pattes glisse sous les yeux ébahis des promeneurs venus à la découverte des orchidées sauvages. Nous voilà hors du temps. Comme il y a environ 80 millions d’années, les Orchis continuent de peupler l’ensemble de la planète. Sur la prairie verdoyante, l’une d’entre elles se fait de suite remarquer en un pointillisme de couleur violacée : l’Orchis purpurea (Orchidée pourpre). Celle-ci ne se laisse même pas désirer, elle s’offre pleinement à notre regard de néophytes. Attirant toute notre attention si bien que nous nous étonnons, Benoît et moi, de pouvoir observer également de près la fleur jaune du salsifis des prés ! L’orchidée a développé des stratégies de survie incroyables pour traverser les millénaires, elle vit souvent en symbiose avec des champignons microscopiques. Pour se reproduire, cette monocotylédone use de stratégies très fines : une fleur qui imite la femelle du bourdon par exemple, qui leurre soit visuellement, olfactivement soit sexuellement. Nos orchidées sarthoises restent rares mais se fondent complétement dans la nature environnante, elles n’ont rien d’exotique. Elles sont terre à terre, se croisent facilement entre elles donnant naissance à de nouvelles variétés. Elles ne sont pas épiphytes comme celles que l’on peut voir dans les forêts tropicales où l’orchidée est reine. Elles restent de taille raisonnable comparé aux trois mètres de tige de Grammatophyllum speciosum (sans oublier son poids allant jusqu’à une tonne !) orchidée indigène observée à Singapour. A l’inverse, Bulbophyllum minutissimum en Australie ne mesure que un à cinq millimètres. Bref, il y a une multitude d’orchidées différentes qui s’adaptent à des conditions bien diverses. La Sarthe étant un département où nous pouvons en observer un bon nombre d’entre elles, tout en étant sensible à la sauvegarde de cette plante dont certaines variétés disparaissent régulièrement dans le monde. Observée à la loupe, une orchidée discrète nous adresse comme des grimaces : nous singe-t-elle ? C’est l’Orchis simia, orchidée singe. Chacune des six variétés rencontrées sur le Coteau des Buttes nous a laissé découvrir son labelle ponctué d’une couleur attrayante. Un pointillisme.

Gustave Caillebotte, admirateur d’orchidées et fervent soutien aux impressionnistes –ses pairs-, aurait-il préféré déambuler à nos côtés sur ce coteau niché, loin du brouhaha contenu dans le Clos Normand de son ami Monet ? Du côté des vraies impressions…

Le-Jardin-Potager-au-Petit-Gennevilliers

caillebotte le linge

Des ciels se confondent avec le froissement du linge séchant au vent. Des plaines de Gennevilliers à perte de vue devenues mirages, floues.

Le pont que nous ne franchirons pas, restant du côté des orchidées sauvages et des jardiniers.

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Conservatoire d’espaces naturels des Pays de la Loire

Musée des impressionnismes Giverny

Fondation Monet

Exposition Caillebotte, peintre et jardinier : jusqu’au 3 juillet 2016 au Musée des impressionnismes Giverny

Une année blanche

Ça s’éveille timidement. Un simulacre d’hiver s’accroche de façon morbide. Les silhouettes sont intactes. Statufiées. Si tout restait ainsi figé ?

Derrière une valériane blanche, le totem de l’entrée se dresse encore. Tu distingues à peine les lettres tracées à la peinture blanche. Le temps efface. Tu imagines l’été où tu reviendras, où la nature aura peut-être repris tous ses droits. Finalement, le jardin sera-t-il mieux sans toi. Te souviendras-tu de ce dernier printemps où le Magnolia perdait ses pétales sur le tapis vert qui supporte, comme Atlas en son temps, les boules de buis ? Te rappelleras-tu ces courtes tulipes dans le premier cercle qui de leur rouge faisaient comme un crève-cœur ? Peut-être verras-tu seulement dépasser quelques coquelicots parmi les hautes herbes, des Verbascum préparant leur floraison jaune ? Ce sera alors le jardin naturel et sauvage que tu n’as jamais osé imaginer ! Et si les scabieuses s’étaient ressemées, les euphorbes aussi, des Stipas. Là, le bleu métallique des Eryngium. Ici, le parfum envoûtant d’une menthe invasive. Ce pourrait-il que ce soit une prairie impénétrable ? Les jardins de Calipso en désuétude sentiraient le soir venu cette subtile et vague effluve de julienne des Dames. Alors, la biodiversité tant recherchée se sera installée. Le bassin sera-t-il devenu un trou d’eau rempli de vase où viendront s’abreuvoir un troglodyte, une couleuvre, un hérisson ? Et si la chouette était devenue la seule vraie propriétaire des lieux ?
Ou bien tout aura disparu. Plus une preuve d’existence des Jardins. Que restera-t-il de nous ?
Nous qui aurons emporté notre jardin dans un nouveau voyage. Comme une ruche qui déménage ; le jardin comme une poche crevée où les arbustes laissent des trous béants et les plantes des alvéoles vides. L’alignement de pots qui se multiplient au fond des Jardins est une arche de Noé qui semble être sur la ligne de départ pour une transhumance vers l’inconnu. Cette année, ce sont les Jardins de Calipso à l’envers : on déplante, on collecte, on classe. Comme s’il fallait sauver. Mais, c’est en ce printemps que les Jardins de Calipso se délitent. S’éteignent.
Ce sera pour eux une année blanche. Où le laisser-faire n’aura jamais été autant de circonstance.
C’est un entracte : rideau.

C’est dingue !

Dans les mains, il a l’air d’une boite de Pandore, ce livre. Un pavé des éditions Ulmer qui ne tient pas dans une poche mais que l’on peut emmener au jardin lorsque l’on y fait des « tours » ! C’est un livre fouillis que celui de Didier Willery. Dingue de Plantes. On dirait une autobiographie.
L’auteur connu des jardiniers (il publie notamment des articles dans L’Ami des jardins) nous raconte son jardin. Nous sommes dans l’intimité du jardinier, connu pour être conseiller du Vasterival. Ce sont des milliers de plantes qu’installe Didier Willery sur son lopin de terre (2500 m carré) dans le Pas-de-Calais. Cet homme est fou, fou de plantes ! C’est également un jardinier pas comme les autres qui revendique ceci dans son préambule : « Loin de moi l’idée de vous inculquer des préceptes ou des « règles » qui en matière de jardin n’ont généralement aucune valeur ». Tout est dit. Au fil des lignes et des végétaux présentés, on se laissera dévorer par la passion de ce jardinier. Ce ne sont pas ses plantes préférées qu’il nous dépeint mais plutôt ses « gourmandises », de petites collections. On en viendrait presque à s’intéresser aux feuillage panaché et feuillage doré qu’en temps normal on abhorre ! Il vous déniche quelques bonnes trouvailles : « Je préfère collecter des plantes qui répondent à une envie, un besoin, une situation. Cela me semble plus pratique, et surtout me préserve de la déception de ne jamais tout avoir… »
Pourtant Didier Willery est avant tout un planteur ! Ce sont des milliers de plantes qui s’agglutinent sur un petit espace. « Si je trouve une mauvaise herbe, c’est qu’il y a une place », ne lance-t-il pas de connivence avec son lecteur. Plus il plante, moins il y a de place pour celles que l’on appelle les mauvaises herbes. Et encore M. Willery s’ingénie à planter celles dont personne ne voudrait dans massifs et pelouse : des trèfles, des menthes en dehors de tout pot, des bambous, des Elymus (Chiendent bleu)… Si bien que ce jardinier-là ne connait pas vraiment les indésirables, « l’entretien, dit-il, devient léger ». Semblablement, la taille n’est plus une corvée de saison car Didier Willery taille tout au long de l’année au gré des « tours » qu’il fait dans son jardin.
Didier Willery ne semble prodiguer aucun conseil dans ce livre, seulement il se fait le témoin de ses expériences de jardinier presque amateur. Comment défendre la monoculture quand ces pommiers en cordons produisent avec abondance au contact de plantes aromatiques et mellifères ? Comment défendre la monoculture quand les plantes entremêlées dans une diversité, digne d’un joyeux Barbès, subissent moins d’attaques de maladies ou parasites ? Ensemble, elles sont plus fortes. Ce n’est pas un conseil mais une évidence de la nature. C’est aussi une belle morale qui s’impose d’elle-même : la non-utilisation de produits chimiques n’est pas une utopie. Ou alors ce bout de terre de D. Willery en est l’admirable contre-exemple ! Le style est foisonnant, débordant comme semble l’être le jardin. Le narrateur tacle les pelouses lissées de ses voisins comme il vous cueille en analysant sur un ton acerbe la bien pensance de ses contemporains.
Il nous dit que c’est possible d’aimer les plantes, à l’outrance à la passion, d’oser certaines associations. D’en rater, de se laisser surprendre par l’inattendu de la Nature. Laisser vivre son jardin comme il l’entend. Contrarier la nature, pourquoi faire ? Pourquoi tailler à cette époque quand on peut juste intervenir quand la nécessité s’en fait sentir ? Aider la nature, travailler avec elle. Pourquoi se tuer à la tâche alors que la nature travaille pour vous ? Intarrissable, Didier Willery vous raconte son jardin peuplé de personnages presque romanesques, ceux qui envahissent tout votre imaginaire comme ce Miscanthus ‘Gotemba’ qui le comble de son « invasion ». Des cannes rouges qui se dressent parmi la multitude. Des Méconopsis lumineux qui s’aventurent là « dans les endroits frais où il y a peu de place » comme des invasions barbares…
Amis jardiniers, faites un « tour » au jardin, laissez-vous déborder.

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Didier Willery, Dingue de Plantes aux éditions Ulmer, 395 pages
Ses plantes préférées, ses mariages les plus réussis , ses astuces pour intégrer les comestibles, son jardin au fil des saisons.

Talon d’Achille

Les rails se sont dérobés sous nos pas. Je voudrais coller mon oreille sur l’ancienne ligne de chemin de fer pour entendre un train imaginaire. C’est ici un peu la High line, version mayennaise. La ligne n’existe plus depuis quelques années, terminus Château-Gontier. C’est devenu sommaire : une simple allée pour la promenade. Mais, c’est ici, au milieu de la ville traversant rocades, longeant le lycée Curie et sa propre aire de compostage, le cimetière en jardin mandala que je me penche sur une achillée millefolium, en fleur, blanche parmi l’herbe grasse.
Ces achillées blanches que j’arrache à tour de main, désespéré d’en limiter la propagation au jardin. Pourtant ici, son caractère sauvage et résistant me séduit. Si la variété type pousse si bien chez moi, pourquoi ne pas en profiter davantage en plantant d’autres variétés botaniques ? Le jardin accueille déjà l’Achillea millefolium ‘Golden Plate’ à la floraison jaune d’or, au feuillage si bien découpé et odorant, aromatique. Placée d’abord sous le petit massif du pommier, elle a intégré il y a plus d’un an un autre massif où elle s’est faite malheureusement plus discrète. Cependant, je ne désespère pas de sa robustesse, sans doute va-t-elle cet été reprendre du poil de la bête ! J’apprécie ses longues tiges florales pour en faire des bouquets de fleurs séchées. Ses fleurs forment un joli plateau. La plante peut devenir vite envahissante.
Cependant, malgré un sol qui semble bien accueillant pour les achillées, je me refuse encore à en planter, et ce malgré leurs caractères tout à fait naturels. Le résultat d’une déception amoureuse ! Oui, en effet, ayant planté la variété ‘Paprika’, achetée vulgairement à Jardiland dans un godet, je me suis retrouvé bien déçu quand la floraison promise –intensément écarlate- fut venue, ou plutôt : ne fut pas venue ! Paprika avait tourné au sel de Guérande ! La floraison était tout bonnement blanche comme celle de l’ancienne ligne de chemin de fer de Château-Gontier. Depuis j’ignore les achillées.
Plutôt, j’ignorais les achillées, jusqu’à aujourd’hui…

Le Sillon

C’est une désolation. Un paysage balayé par les bourrasques de vents comme sur une confusion de mer et de terre embrumées au large d’une Islande chère à Pierre Loti.
La faible lumière du soir vient se poser une dernière fois sur les trois Miscanthus nepalensis qui plient tout à coup sur leur dorure. Comment vous dire la morosité ? De mon banc, trouver une perspective : il me faudrait combler l’espace. Laisser l’œil se poser sur les fenouils bronze noircis et les arcs – en fer à béton – torsadés ne supportant, maintenant, que le vide. La chapelle à ciel ouvert.
Sur le chemin de mon regard, vient barrer l’horizon un sillon qui se tortille comme un lombric au milieu du troisième cercle. Une zébrure d’éclair au milieu de la ronde terre.
Le jaune de la lumière électrique et sa chaleur ne déborde pas du cadre d’une petite fenêtre entourée de gris, entre gris clair et gris foncé, que font les vieilles pierres de granit si caractéristiques de la Bretagne et le ciel pisseux, si caractéristique aussi (mais pas que !). Le petit café au coin de la rue principale de Loc Envel crépite. Le soir tombe, et une dernière fois nos feux de croisement éclairent sommairement la petite église de Loc Envel. On pourrait entendre ses deux cloches accrochées au fronton. Un bijou d’architecture intérieur/extérieur niché dans une nature ligneuse, sculpté de bois et bâti de blocs de granit. Après l’église, tourner à gauche. Sur la petite route, la vue panoramique –imprenable- semble parler comme une voix en écho de GPS : vous êtes bien arrivés. Pépinière des Korrigans. Thomas nous attendait. Il nous parle maintenant avec son tutoiement –entre barbus solidaires. Ce qui nous rend complices de ses plantes. Là tu vois je n’ai plus grand-chose en fleurs… en graminée, j’en ai une qui aime les sols secs et que j’aime pour ses inflorescences rosées, Mulhenbergia capillaris… vous avez déjà. Celui-ci, c’est un Pennisetum massaicum qui fait des petits écouvillons violacés en été et là ils deviennent bruns. Sinon avec mes Miscanthus giganteus je fais des écrans et au début du printemps broyés je m’en sers comme paillage. Tu veux des Deschampsia cespiteuses, tiens je t’en donne. Elles se sont ressemées partout là. J’évite d’avoir des traçants, j’essaie de nouvelles variétés d’Aster… Ah, pour tes Eremurus tu peux les mettre au frigo avant de les replanter au printemps dans une poche de cailloux en mélange avec de la glaise pour que les mulots ne te les gloutonnent pas… Tu aimes ce qui fait naturel ?… Quand je vois ici en Bretagne, les cimetières remplis de chrysanthèmes, c’est une hérésie… Il m’arrive d’acheter comme tout le monde aux fêtes des plantes, certains pépiniéristes dopent encore leurs plantes avec de l’osmocote. Pour moi, la plante doit se débrouiller seule dès le début ; ce qui la rend plus résistante et garantit à mon avis une meilleure reprise…
Sur la même ligne…nous avons refait le tour des petites allées du jardin des Korrigans désirant nous fondre dans les hautes touffes de graminées. Les Molinia se balançaient.

Un point lumineux se balance devant nous, guidant nos pas. La lampe que tient Fabrice est notre seul repère pour aller jusqu’au bungalow où nous passerons la nuit près de la pépinière de plantes d’ombre, Sous un arbre perché. Le sommeil ponctué par le chant lugubre des chouettes, reines de la petite forêt privée de Kervocu à Guerlesquin. Le matin d’automne nous cueille en train de traverser seuls le jardin de présentation où trône, fleurie, la collection de saxifrages. Olivier nous assure que l’on peut voir la mer au loin, au-delà de la limite de propriété bien entendu, quand il fait beau ! Sous les bottes, le tapis de feuilles se déroule au travers d’une quarantaine d’hectares de bois préservé. Olivier Galéa nous guide de surprises en surprises : notre petit chaos confie-t-il escaladant les gros blocs de granit énigmatiquement posés sur le flanc d’un dénivelé, plus loin il s’ingéniera à nous montrer la marque du diable ou de loups garous sur le tronc de bouleaux – des écorces griffées. La bête rôde sûrement, un blaireau ? Le chemin de promenade redevient plus serein quand Olivier nous fait sentir le doux parfum des genêts encore en fleur. Plus loin il faudra descendre jusqu’au ruisseau, apprendre à reconnaître un Carex des marais, poursuivre jusqu’à l’arbre de la sorcière recouvert d’un tapis de lierre… Tourner la tête tout à coup et percevoir en une fraction de seconde la révélation de la pièce d’eau, clou de la perspective. Fabrice s’active pelle en main à planter des Acer japonais. Depuis quelques jours, il joue du coupe-coupe pour créer des poches parmi saules, fougères et arbrisseaux qui accueillent quelques Viburnum. Je contribue un bref instant à créer une alvéole pour un Acer en coupant un saule à l’aide d’une scie élagueuse de fabrication japonaise fort efficace. Démonstration faite. La discussion fait alors débat sur la plantation ou non d’un Acer -au feuillage écarlate toute l’année- sur la petite île devant la cabane de pêche en bois sur le versant opposé. Déjà, l’eau semble réfléchir ce que sera le flamboiement d’automne des liquidambars qui bordent la pièce. Cette année, ils n’ont pas tournés se désole Fabrice.
La désolation, les oiseaux la contemplent des airs lorsqu’ils prennent leur envol sur la grande étendue entre ciel et mer. La plage du Dossen à quelques encablures de Roscoff. Sans aucun point de chute. Il y a de ces errances dans mon regard qui croise parfois le tien marchant sans but sur le Sillon de Talbert, incrédules lorsque l’on se retourne sur le soleil qui vient mourir sur la rousseur des algues qui habillent les rondeurs des galets. Le jardin, c’est peut-être un entre-deux, comme à Huelgoat où l’on s’attend voir surgir un monstre marin des eaux paisibles du lac et se dissimuler derrière la pierre qui tremble des personnages féériques au beau milieu du Chaos.
Là, sur mon banc, j’ai finalement dessiné le Sillon où danseront sous la brise, sous un air de fest noz les Massaicum, les Molinia ‘Transparent’, les Silberfeder et les nepalensis.